PFAS, chacals, océans... Cinq raisons de se réjouir de 2025
Après des décennies d'absence, le courlis cendré est réapparu en Gironde. - ©NEVEU P./HorizonFeatures/Leemage / Photo by Bridgeman Images via AFP
Après des décennies d'absence, le courlis cendré est réapparu en Gironde. - ©NEVEU P./HorizonFeatures/Leemage / Photo by Bridgeman Images via AFP
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Quelques bonnes nouvelles ont percé en 2025 à travers l’avalanche d’informations catastrophiques pour le climat et l’ensemble du vivant. Reporterre vous propose un petit tour d’horizon de ces lueurs d’espoir.
Mois après mois, les reculs se sont multipliés, au point de donner le vertige. Cette année 2025 laisse l’impression d’une chute sans fin : incendies, canicules, adoption de la loi Duplomb, suspension de MaPrimRenov’, répression violente des militants écologistes, attaques contre la science…
Pourtant, au milieu de ce marasme, des avancées écologiques ont surgi. Si elles ne suffisent pas à inverser la trajectoire, elles dessinent des brèches et donnent un peu d’espoir. Alors avant de dire adieu à l’année écoulée, Reporterre vous propose de revenir sur les nouvelles réjouissantes qu’elle a apportées.
Les Français mieux protégés des PFAS
Cette victoire est d’autant plus savoureuse qu’elle avait peu de chances d’aboutir. Les députés ont adopté, jeudi 20 février, la loi anti-PFAS, par 231 voix pour, et 51 voix contre. Le texte porté par le député écologiste Nicolas Thierry restreint la fabrication, l’importation et la vente de produits contenant ces polluants éternels dans le secteur de l’habillement, des chaussures, des cosmétiques et des farts de skis, à partir du 1ᵉʳ janvier 2026.
L’interdiction sera généralisée à tous les produits textiles en 2030, à l’exception de ceux estimés « nécessaires à des utilisations essentielles ». Le texte a en outre consacré l’obligation de contrôler la présence de ces substances dans l’eau potable, et la mise en place d’une taxe visant les industriels qui en rejettent. Malheureusement, la victoire n’est pas totale car les ustensiles de cuisine comme les poêles ont été exclus du champ d’application de la loi.
Par ailleurs, deux décrets d’application de la loi parus en septembre sont très décevants. Tandis que le premier ne vise pas assez les gros émetteurs de PFAS et ne prévoit aucun contrôle, le second évoque uniquement les rejets d’eau, alors que les boues sont aussi contaminées.
Inconnus du grand public il y a encore peu, les PFAS sont présents dans une multitude d’objets du quotidien, des emballages alimentaires aux poêles antiadhésives en passant par les cosmétiques, et sont prisés par de nombreuses industries pour leurs propriétés antiadhésives, antitaches et imperméabilisantes.
Sauf que ces substances qui s’accumulent dans l’air, l’eau et sur la terre nous rendent malades. Elles ont des effets néfastes sur la fertilité, le taux de cholestérol ou encore le poids à la naissance, et accroissent le risque d’hypertension et les maladies thyroïdiennes.
Ces espèces qui vont mieux
Alors que la majorité des vertébrés continue de décliner en France, le vivant peut renaître. Alors qu’il n’avait pas été vu depuis des décennies, le courlis cendré est réapparu en Gironde. L’oiseau a profité du vaste incendie de 2022 dans les Landes de Gascogne pour réinstaller ses nids dans des zones devenues clairsemées.
Si cette réapparition s’est faite sans intervention humaine, les espèces bénéficiant de véritables mesures de protection se rétablissent peu à peu, a révélé un rapport du WWF en cette fin d’année. Ainsi, les flamants roses qui avaient presque disparu de Camargue prospèrent désormais grâce à la restauration des zones humides, au point que « la Méditerranée française accueille plus de 70 000 flamants roses au printemps », se réjouit l’ONG. Même constat pour le lynx : le félin qui avait disparu du pays avant d’être réintroduit compte aujourd’hui 150 à 200 individus.
Autre preuve que les efforts de protection de la faune peuvent porter leurs fruits : les dauphins du Golfe de Gascogne. La fermeture de la pêche entre le 22 janvier et le 20 février 2025 a permis de réduire de 60 % le nombre de dauphins morts étouffés dans des filets, par rapport à la moyenne des hivers 2017-2023.
Dans le même temps, l’expansion du chacal doré sur le territoire continue. Le canidé, plus petit que le loup mais plus grand que le renard, a été aperçu dans les Alpes-de-Haute-Provence, en avril dernier. Historiquement présent dans le sud-est de l’Europe, la première observation en France du chacal doré remonte à 2017, en Haute-Savoie. Il a depuis été observé dans toutes les régions métropolitaines, hormis la Bourgogne-Franche-Comté.
Dans le reste du monde, les tortues vertes marines se portent mieux grâce à la protection des sites de ponte et les efforts pour réduire les captures accidentelles. Alors que l’espèce était menacée d’extinction, sa population a augmenté de 28 % en un demi-siècle.
En outre, des dizaines d’espèces comme l’okapi, la raie-manta et le requin baleine vont être mieux protégées grâce à la COP20 sur le commerce international des espèces sauvages qui s’est clôturée début décembre.
Plus d’énergies renouvelables
Bien que les émissions de gaz à effet de serre continuent de s’envoler et que nous ne sommes toujours pas sur la bonne trajectoire, les énergies renouvelables (hydroélectricité, solaire photovoltaïque et éolien) ont, pour la première fois cette année, officiellement détrôné le charbon comme principale source d’électricité dans le monde, d’après un rapport du cercle de réflexion Ember publié le 7 octobre.
La Chine et l’Inde sont en grande partie responsables de cet essor. Ainsi, la Chine, premier émetteur de la planète, a vu ses émissions de CO₂ diminuer pour la première fois en 2025. Si cette avancée est encore fragile, le gaz et le pétrole restant largement dominants, elle est forte symboliquement, le charbon étant le plus polluant des combustibles fossiles.
Parallèlement, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu le 23 juillet un avis historique. Elle a estimé que tous les États avaient l’obligation de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et de « coopérer de bonne foi les uns avec les autres ».
Les pays les plus riches doivent en outre « être à l’avant-garde de la lutte », demande la Cour. La violation d’une de ces obligations constitue « un fait internationalement illicite » engageant la responsabilité des États, qui pourraient être amenés à payer une forme de « réparation intégrale aux États lésés ».
Si cet avis n’est pas contraignant, il va servir de base commune à tous les tribunaux partout dans le monde pour permettre aux citoyens, ONG et pays vulnérables au changement climatique d’exiger des réparations aux pays pollueurs.
La haute mer ne sera bientôt plus une zone de non-droit
Cette bonne nouvelle là, on l’attendait depuis plus de deux ans. Le traité sur la haute mer, adopté par les Nations unies en juin 2023, a franchi la barre des 60 ratifications en septembre dernier et va donc enfin entrer en vigueur le 17 janvier 2026. La France l’avait ratifié en février 2025.
La haute mer, cette zone qui couvre 64 % des océans et n’appartient à aucun État, ne bénéficiait jusqu’à présent presque d’aucune protection. Seulement 0,9 % de cette immensité bleue fait l’objet d’une protection intégrale ou forte, selon les données du Marine Conservation Institute.
Ce traité est une première étape pour étendre ces sanctuaires et préserver 30 % de la haute mer d’ici à 2030. Pour atteindre cet objectif, les membres des Nations unies doivent protéger plus de 12 millions de km² chaque année durant les cinq prochaines années, soit plus que la superficie du Canada.
Afin de mettre en œuvre concrètement le traité sur la haute mer, une COP sur le sujet devrait être organisée d’ici la fin de l’année 2026. Cela repose sur le même principe que les COP sur le climat chargées de mettre en œuvre l’Accord de Paris.
Sur le front des océans, il y a une autre raison de se réjouir cette année : le gouvernement norvégien a annoncé le 3 décembre avoir repoussé de quatre ans l’exploration minière de ses fonds marins.
Alors que le pays était le premier en Europe à autoriser le deep-sea mining dans l’océan Arctique, 40 États ont rejoint le moratoire contre les projets miniers dans les abysses, dont 8 cette année.
L’exploitation minière, qui consiste à ratisser le fond de l’océan avec des bulldozers pour en extraire du zinc, du cuivre et d’autres métaux et terres rares, risque d’anéantir des écosystèmes sous-marins et pourrait également perturber le puits de carbone océanique, en relâchant dans l’atmosphère une partie du carbone séquestré dans les profondeurs depuis des millions d’années.
Des reculs évités
Au-delà des victoires, l’année 2025 a permis d’échapper à des reculs sur le front de l’écologie. Premier exemple avec le Conseil constitutionnel, qui a partiellement censuré la loi Duplomb, le 7 août. Saisis par des parlementaires de gauche, les Sages se sont opposés à l’une des mesures du texte les plus décriées : la réintroduction de trois insecticides de la famille des néonicotinoïdes, dont l’acétamipride.
Banni en France depuis 2020 en raison de ses dégâts sur les insectes pollinisateurs, l’acétamipride devait à nouveau être autorisé pour certaines cultures comme la betterave. Pour la première fois, les membres du Conseil constitutionnel ont censuré un article de loi en se basant sur la Charte de l’environnement, qui a valeur constitutionnelle et qui confère à chacun « le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».
Le Conseil constitutionnel a aussi empêché en partie une autre régression. Le 20 mars, les Sages ont censuré près d’un tiers de la loi d’orientation agricole. Le texte, élaboré en réponse à la colère des agriculteurs, est désastreux pour la biodiversité et ne répond même pas à son objectif principal : le renouvellement des générations pour assurer la souveraineté alimentaire.
Dans le détail, la « présomption de non-intentionnalité », qui dépénalisait les infractions relatives à la destruction d’espèces protégées, a été supprimée. Tout comme le principe de « non-régression de la souveraineté alimentaire », et une partie de l’article 1, qui interdisait d’imposer aux agriculteurs des normes plus strictes que les exigences minimales européennes.