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Reportage — Politique

Présidentielle : sans Mélenchon ni Macron, un premier débat sur le climat

Yannick Jadot lors du « débat du siècle », le 13 mars 2022.

Pour la première fois en France, un débat entièrement consacré à la question climatique a été organisé, le 13 mars. Propositions, annulations de dernière minute... Récit d’une soirée durant laquelle les candidats à la présidentielle ont comparé leurs programmes.

Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), reportage

Passage au maquillage, stress, feuilles à imprimer au dernier moment... L’émission avait beau être diffusée sur internet, quelques minutes avant le coup d’envoi, l’ambiance ressemblait à l’agitation de n’importe quel plateau télé. Le « débat du siècle », premier débat entre les candidats à l’élection présidentielle entièrement consacré à la question climatique, était diffusé le 13 mars sur la plateforme de streaming Twitch.

Dans un studio d’Ivry-sur-Seine, une trentaine de personnes s’activaient depuis le début d’après-midi pour tout préparer. Le débat était organisé par le collectif L’Affaire du siècle (Fondation pour la nature et l’Homme, Greenpeace, Notre affaire à tous et Oxfam), et présenté par le vidéaste Jean Massiet, animateur d’une émission politique sur Twitch, avec une journaliste du média en ligne Blast, Paloma Moritz. Leur but : aborder enfin les questions écologique et climatique, qui représentaient jusqu’ici moins de 3 % du temps de parole médiatique des prétendants à l’Élysée.

Anne Hidalgo. © Mathieu Génon/Reporterre

Cinq d’entre eux ont répondu présents : l’écologiste Yannick Jadot, Valérie Pécresse (Les Républicains), le communiste Fabien Roussel, Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et la socialiste Anne Hidalgo. Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a annulé sa participation au dernier moment, tandis que le président Emmanuel Macron n’a pas donné suite aux sollicitations des organisateurs. Les représentants de l’extrême droite, eux, n’étaient pas conviés.

« Certains candidats tiennent des propos contraires à la loi, et contraires à ce que j’accepte dans le chat [fil de discussion des internautes]. J’assume de ne pas les inviter », expliquait Jean Massiet, entre deux essais caméra avant le début de l’émission [1].

Valérie Pécresse sur le plateau. © Mathieu Génon/Reporterre

Contrairement à ce que son nom laissait supposer, le « débat du siècle » n’en était pas un : il s’agissait plutôt d’une succession de grands oraux. « Il y avait plus de chances que les candidats acceptent de venir si c’était sous ce format », expliquait-on du côté de l’organisation. À tour de rôle, chacun a eu 30 minutes pour présenter sa vision et son projet écologique. « C’est dommage, il n’y a rien de mieux qu’un débat, répondre à ce qui a été dit par les autres. Sinon c’est un peu fastoche de réciter ce qu’on a appris par cœur ! » déplorait Philippe Poutou avant son passage à l’antenne.

Yannick Jadot entrant sur le plateau. © Mathieu Génon/Reporterre

Plusieurs visions de l’écologie

Pendant plus de trois heures, plusieurs visions de l’écologie se sont affrontées. C’est un Yannick Jadot plutôt à l’aise qui a ouvert le bal, déroulant ses propositions : rénovation de 5 millions de passoires énergétiques, installation massive de panneaux photovoltaïques et de 3 000 éoliennes, sortie des pesticides, fin du nucléaire d’ici « vingt ou vingt-cinq ans »... « Il faut faire des efforts qui nous permettent de mieux vivre », a-t-il affirmé.



Valérie Pécresse — qui n’avait confirmé sa participation à l’émission que dans la matinée — a revendiqué des « solutions technologiques » au changement climatique, loin de la « décroissance » : développer le nucléaire, l’hydrogène, favoriser le recyclage, miser sur le télétravail pour réduire les déplacements...

Quelques minutes plus tard, Fabien Roussel a lui aussi affirmé vouloir développer le nucléaire — « On a besoin d’énergies stables pour sortir des énergies fossiles » — mais a préféré l’investissement au progrès technologique : il veut consacrer 6 % du produit intérieur brut (PIB), soit 140 milliards d’euros, à la transition écologique (plan vélo, prime à la conversion, baisse du prix du carburant...).

Valérie Pécresse est la seule candidate à avoir refusé de répondre aux questions des journalistes présents sur place, à sa sortie du plateau. © Mathieu Génon/Reporterre

Quatrième à passer, Philippe Poutou a eu moins de temps de parole que les autres candidats, car il avait « un train à prendre ». Il a toutefois énuméré quelques propositions pour « une écologie radicale » : l’expropriation des entreprises polluantes et leur nationalisation ; ou encore la mise en place d’une agriculture basée sur la petite paysannerie. Enfin, Anne Hidalgo a développé son programme : sortie du nucléaire, mise en place d’un ISF climatique, baisse de la TVA sur le billet de train, reconnaissance du crime d’écocide...

Philippe Poutou sur le plateau. © Mathieu Génon/Reporterre

Globalement, les candidats ont montré une connaissance des grands enjeux climatiques. Mais ils n’ont guère réussi à rendre concrètes leurs propositions, malgré les nombreuses relances des animateurs. « À quoi ressemblera le quotidien des Français en 2030 ? », demandaient régulièrement ceux-ci. « Les tonnes de CO2 et la limite de 1,5 °C à ne pas dépasser, ça ne parle pas aux gens. Les candidats ont du mal à dire à quoi vont ressembler nos vies très concrètement », a regretté Paloma Moritz à la fin du débat. Les internautes étaient également intraitables : « Il ne répond pas à la question », « Elle raconte n’importe quoi », pouvait-on parfois lire dans le fil de discussion de l’émission.

Fabien Roussel. © Mathieu Génon/Reporterre

Annulations de dernière minute

En milieu d’émission, plusieurs noms ont dû être barrés du planning. D’abord, l’équipe d’Emmanuel Macron a confirmé qu’il ne serait pas présent. Le mince espoir des organisateurs que le président de la République fasse une apparition surprise s’est envolé. Ensuite, Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu’il ne viendrait pas non plus. La venue du candidat insoumis faisait l’objet de tractations depuis plusieurs jours. Il avait refusé, puis confirmé, puis refusé à nouveau, avant de laisser planer le doute. Une heure avant son passage, il a finalement tranché : pas de « débat du siècle » pour lui.

« On ne comprend pas, on sait pourtant que c’est une question importante pour lui [le candidat avait d’ailleurs publié la veille son plan sur la « bifurcation écologique » », se désolaient les organisateurs. « C’est un souci d’agenda », répétaient en chœur les membres de l’équipe de Jean-Luc Mélenchon, sans davantage de précision.

Les ONG de L’Affaire du siècle ont affirmé « regretter » que certains candidats ne « prennent pas trente minutes » pour échanger sur le climat, mais ont précisé qu’une nouvelle émission regroupant les deux retardataires, « dans les mêmes conditions » que celle-ci, pourrait être envisagée dans le courant de la semaine prochaine.

© Mathieu Génon/Reporterre

Au plus fort de la soirée, plus de 22 000 personnes ont suivi en direct l’émission. Un petit chiffre en comparaison des millions de téléspectateurs habitués des débats présidentiels sur TF1 ou France 2, mais le débat a tout de même été l’émission la plus regardée — hors jeux vidéo — sur Twitch Monde ce dimanche soir. Preuve, d’après les organisateurs, que le sujet mériterait d’être traité ailleurs que sur la plateforme. Stéphanie Clément-Grandcourt, directrice générale de la Fondation pour la nature et l’Homme, le dit et le répète : « Il est très urgent que les médias classiques, mainstream, s’emparent de ce sujet. »


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