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Forêts

Une préfète visée par la justice est candidate à la direction de l’ONF

Régine Engström, dans un portrait vidéo que lui a consacré la préfecture qu'elle dirige, à l'occasion du 8 mars 2021.

La préfète de la région Centre-Val de Loire, Régine Engström, veut le poste de directrice générale de l’ONF. Mise en cause pour prise illégale d’intérêts, la candidature de cette haute fonctionnaire suscite un fort rejet des ingénieurs des ponts, eaux et forêts.

Vacant depuis près de deux mois, le poste de directeur général de l’Office national des forêts (ONF) attise les ambitions de hauts fonctionnaires proches d’Emmanuel Macron. Il y a quelques jours, La Lettre A dévoilait la candidature de Jean d’Haussonville, actuel directeur général du domaine de Chambord. Selon nos informations, à cette première candidature vient de s’ajouter celle de Régine Engström, préfète de la région Centre-Val de Loire depuis le 1ᵉʳ mars 2021.

Deux candidatures qui ont dû mal à passer auprès des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF) des ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique. Non seulement, la direction générale de l’établissement public qui gère les forêts publiques est l’un des rares postes prestigieux auxquels ils peuvent légitimement accéder, mais le passé récent de ces deux candidats qui n’appartiennent pas à leur corps leur hérisse le poil.

Des profils qui passent très mal

Concernant Jean d’Haussonville, diplomate de formation et spécialiste des questions culturelles, également commissaire à l’aménagement du domaine de Rambouillet, le corps lui reproche d’avoir retiré à l’ONF la gestion de la forêt de Chambord. Pas question donc de le voir débarquer maintenant à la tête d’un établissement auquel il semblait reprocher un certain manque de compétences.

Mais ce n’est rien par rapport à la réaction en forme de haut-le-cœur des IPEF en apprenant la candidature de la préfète Engström. « Non seulement, elle est connue pour être très autoritaire, ce qui compte tenu du climat social à l’ONF n’est pas une qualité, mais elle est l’objet d’une enquête de la justice et elle a été perquisitionnée », souligne un ingénieur.

Les problèmes de la préfète nommée par Emmanuel Macron datent de fin janvier dernier. Mediapart publiait alors une enquête mettant en cause Régine Engström dans le dossier de rénovation de la caserne Gudin, à Montargis : elle serait intervenue auprès du ministère de la Culture en faveur du preneur, le groupe immobilier Nexity, son précédent employeur entre 2019 et 2021. Quelques semaines après ces révélations, le Parquet national financier a ouvert une instruction pour prise illégale d’intérêts et envoyé un service de police perquisitionner la préfecture de région !

Connexions politiques et accélérateur de carrière

« Il serait tout à fait malvenu qu’une haute fonctionnaire mise en cause dans une affaire se voit récompenser en obtenant la direction générale de l’ONF », ajoute cet ingénieur forestier. Et de s’inquiéter de ses liens avec la Macronie, notamment avec la toute nouvelle Première ministre, Élisabeth Borne. Les deux femmes se sont croisées entre 2008 et 2013 à la Mairie de Paris : Régine Engström, qui y a fait une longue carrière, était alors cheffe de service à la direction financière, puis directrice de l’environnement et des espaces verts, quand Élisabeth Borne y était directrice générale de l’urbanisme.

« Mais plus que les connexions politiques toujours utiles, c’est le fait même d’avoir travaillé à la Mairie de Paris qui rend un profil comme celui de Régine Engström attractif pour le pouvoir central. Le grand public ne se rend pas compte à quel point la mairie de la capitale est un accélérateur de carrière pour les hauts fonctionnaires », dit Marc Laimé, un consultant spécialisé dans l’eau et l’assainissement qui a connu la préfète Engström quand elle dirigeait la régie publique Eau de Paris.

Pour les agents de l’ONF, la perspective d’avoir Régine Engström comme DG ne passe pas mieux. D’autant plus que le précédent préfet à avoir détenu le poste, Bertrand Munch, a été limogé par le gouvernement en mars dernier en raison de son comportement managérial. De plus, comme le souligne des sources internes, son incompétence en matière de gestion forestière a retardé toutes les décisions urgentes à prendre alors que la forêt est la première victime du réchauffement climatique, tout en constituant l’un des meilleurs moyens d’y faire face. Autant de raisons qui expliquent ce rejet d’une nouvelle direction qui ne connaît rien à ces questions.

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