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Luttes

Amazon, jardins, baleines... Deux mois de victoires écolos

Des militants contre le projet Amazon à Rouen, abandonné.

Entrepôts Amazon annulés, grands projets inutiles invalidés, surveillance généralisée contrecarrée... En février et mars, les luttes écologistes ont continué à porter leurs fruits. Les victoires devant les tribunaux s’enchaînent.

La campagne présidentielle peine à faire émerger les sujets sur le climat, l’environnement, la lutte contre le changement climatique, accroissant cette sensation que les politiques vivent dans un monde parallèle. On s’assoit et on respire : les militants et militantes sont sur tous les fronts et remportent de nombreuses batailles qui méritent d’être mises en lumière.

À moins d’une semaine du premier tour de l’élection, Reporterre revient sur les victoires des associations et des collectifs citoyens qui s’organisent, avec de plus en plus d’efficacité, pour préserver leur territoire des appétits capitalistes. Grâce à eux, une jurisprudence prend forme et laisse entrevoir un futur désirable avec la construction progressive d’une justice environnementale.

• Amazon, non c’est non !

Le militant Marceau devant le futur site Amazon annulé, à Rouen. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Amazon se retire. Ce devait être l’un des plus grands entrepôts de France à Petit-Couronne (Seine-Maritime) avec 160 000 m² et l’expédition de 330 000 colis par jour. L’annonce le 24 mars, par le maire, de la décision de la multinationale, est un soulagement pour les activistes qui ont mené pendant des mois un intense travail de boycott.

Une semaine plus tard, c’est dans le Doubs que le géant du e-commerce voit l’annulation de son permis de construire. Selon Les Amis de la Terre, partie prenante dans les deux affaires, cinq projets d’entrepôts destinés à la multinationale ont été abandonnés en deux ans.

• Les Jardins d’Aubervilliers touchés, mais pas coulés

Le chantier de la piscine olympique d’Aubervilliers en février 2022. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Que peuvent les défenseurs d’un écrin de verdure nourricier face aux bulldozers des Jeux olympiques 2024 ? Multiplier les recours en justice. La cour administrative de Paris a confirmé, le 9 mars, l’obligation de suspendre immédiatement les travaux d’extension de la piscine olympique prévoyant la destruction des jardins ouvriers d’Aubervilliers sur 4 000 m². Le 14 mars, la ville a même dit qu’elle allait « remettre en état » les parcelles déjà détruites par les travaux. Les militants ne baissent pas la garde : la ligne 15 du Grand Paris Express et un projet de gare pourraient empiéter cette fois sur la partie qui n’a pas encore été impactée…

• Il est l’or de partir

En 2019, le Fonds mondial pour la nature (WWF) lançait une campagne #StopMontagned’or. © WWF

Terminé le temps des concessions minières illimitées. La saisine du Conseil d’État par France Nature Environnement (FNE) rappelle aux compagnies minières que la Charte de l’environnement a une valeur constitutionnelle. Autrement dit, la compagnie minière la Montagne d’Or — qui entend exploiter 80 tonnes d’or primaire en recourant à la cyanuration dans la forêt guyanaise — va devoir se préoccuper de l’environnement. Une jurisprudence qui offre à l’État la possibilité de refuser l’exploitation du gisement à la société minière au nom de critères environnementaux.

• Remontées mécaniques pour tout le monde

Pixabay/CC

Cette fois, c’est pour de bon : prendre un hélicoptère pour se rendre en haut des pistes de ski est interdit. Cela semblait acquis depuis la loi Montagne de 1985, mais la loi Climat et résilience de 2021, en autorisant des sites de déposes, est venue ouvrir « une brèche inacceptable », selon la Fédération des clubs alpins et de montagne et l’association Mountain Wilderness qui se réjouissent que la loi du 21 février 2022 renforce l’interdiction.

• Halte aux Zones d’activités compulsives

Action contre le projet de hangar Terra 2, soupçonné d’être destiné au e-commerce en plus d’artificialiser des terres, devant le conseil régional d’Occitanie, le 9 février 2022. © Alain Pitton/Reporterre

Près de Toulouse, la justice stoppe le projet Terra 2 qui prévoyait la destruction de 198 hectares de terres arables, bois et bosquets pour la construction d’une Zone d’aménagement concerté (Zac) comprenant l’installation d’un hangar de e-commerce. L’État a même été condamné à verser 500 euros aux associations requérantes France Nature Environnement et Saint-Sulpice active et citoyenne (SSAC).

• Bye bye béton

Ville-sous-la-Ferté. Campagne Leetchi Préservons la vallée de Clairvaux

L’usine de bitume ne verra pas le jour à Ville-sous-la-Ferté (Aube). La justice a mis un stop net au projet, le 24 février, grâce à la contestation des associations Les Amis de la Terre et Préservons la vallée de Clairvaux. Les causes ? Située à seulement 600 mètres des premières maisons, l’usine représentait un risque de pollution aux hydrocarbures et menaçait de produire des émanations odorantes de goudron. Rien que ça !

• Surveillance policière en veille

© Meybeck

La mission de la cellule Déméter consistant à surveiller les activités militantes « de nature idéologique » devra s’arrêter. Le 1ᵉʳ février, le tribunal administratif de Paris a enjoint la cellule à s’en tenir aux missions habituelles de la gendarmerie. Certes, L214 avait demandé la dissolution complète de la cellule montée par le ministère de l’Intérieur, mais salue un jugement symboliquement fort.

Sept ans après leur premier recours, la Quadrature du Net et Franciliens.net ont obtenu la censure par le Conseil constitutionnel le 25 février d’une partie de l’obligation faite aux opérateurs de télécommunication de conserver pendant un an les données de connexion des utilisateurs pour les besoins de la police. Même si cette annonce concerne une ancienne version de la loi, la Quadrature du Net se réjouit d’une décision qui « va dans la ligne jurisprudentielle européenne ». Car, selon l’association, cette mesure est jugée « illégale et disproportionnée » par la Cour de justice de l’Union européenne depuis 2014.

• Ailleurs, des animaux épargnés

Un baleinier islandais pris en train de ramener ses proies, en 2009. Flickr via Wikimedia Commons/CC BY 2.0/Dagur Brynjólfsson

En Islande, la chasse à la baleine devrait être interdite à partir de 2024 pour des raisons économiques. Ce qui fait dorénavant de la Norvège et du Japon les deux seuls pays à autoriser pareilles pratiques.

Enfin, l’Irlande vient d’interdire l’élevage d’animaux pour leur fourrure. Les trois fermes exerçant cette activité dans le pays devraient fermer avant la fin de l’année.

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