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Luttes

Être chrétien et écolo : qui sont les militants de Lutte & Contemplation ?

Réunis au sein du collectif Lutte & Contemplation, des chrétiens s’engagent pour l’écologie au nom de leur foi. Ils agissent aussi bien auprès des institutions que sur le terrain aux côtés d’autres activistes.

« Avec Lutte & Contemplation, on veut expérimenter un militantisme chrétien », résume Paula de Wailly, 27 ans. Elle est la cofondatrice et porte-parole de ce collectif né en septembre dernier, qui souhaite « porter une voix chrétienne dans les luttes écologiques et sociales de notre époque ». À partir du 30 novembre, Lutte & Contemplation appelle, avec vingt-quatre autres organisations, à une mobilisation, pour « interpeller les décisionnaires sur leur pouvoir d’agir » tout au long de la COP28. À défaut de parole, les messages se liront sur des pancartes et banderoles.

Pour ces chrétiens en lutte, « le silence est un cri ». Leur mode d’action ? Des cercles de silence, inspirés d’un mouvement similaire lancé en 2007 à Toulouse par des frères franciscains contre les centres de rétention pour sans-papiers. Ainsi, le 7 novembre, les employés de TotalÉnergies à la Défense avaient dû contourner ces militants rassemblés contre le projet Eacop en Afrique de l’Est au pied de la tour.

La scène était insolite : à 8 h 30, au centre d’un cercle composé d’une quarantaine de personnes, les flammes de trois bougies vacillaient dans la fraîcheur matinale. Aucun slogan, aucune musique. En arrière-plan, la file du personnel s’apprêtant à remplir les étages de la tour s’allongeait. Une cycliste klaxonnait, excédée, avant de traverser le cercle, rapidement imitée par d’autres. Sans réaction du groupe : ce matin-là, aux côtés de l’association interreligieuse GreenFaith et du Mouvement Laudato Si’, leurs messages s’affichaient sur des pancartes : « Sans pétrole, la fête est plus folle », « Votre pétrole est notre tombeau. »

Il y a un an, Lutte & Contemplation n’était encore qu’un groupe WhatsApp. Une quarantaine de jeunes chrétiens franciliens engagés pour le climat s’y donnaient rendez-vous « pour se ressourcer en priant ensemble et se soutenir dans nos luttes », relate l’un des cofondateurs, Benoît Halgand, 25 ans.

Parallèlement, une protestation se faisait entendre depuis les rangs d’une jeunesse chrétienne progressiste sous la forme d’une tribune parue dans La Croix en octobre 2022. Initiée par un collectif politique chrétien ancré à gauche, Anastasis, elle appelait les évêques français à dénoncer le projet pétrolier Eacop. Plus de 400 jeunes catholiques l’ont signée, dont les futurs membres fondateurs de Lutte & Contemplation. L’opposition contre le projet pétrolier se décline sur le terrain avec l’organisation des premiers cercles de silence devant le siège de TotalEnergies entre février et avril 2023.

Le collectif Lutte & Contemplation en manifestation contre l’A69. @lutte_contemp

De ces mobilisations rassemblant de nombreux croyants ressort le désir d’engagement écologique au nom de leur foi et l’absence d’un espace y répondant. « Certains n’avaient aucun passif militant et agissaient à leur échelle, isolés. Il y avait besoin d’une transformation collective », dit Benoît Halgand. Il connaissait les rouages du militantisme pour avoir pris part au mouvement étudiant « Pour un réveil écologique » lors de ses années à l’École Polytechnique. Le collectif a pris forme dans le courant de l’été 2023. Et a lancé un appel « Pour un engagement chrétien dans les luttes écologiques et sociales », qui a rassemblé plus de 1 000 signataires.

Un militantisme chrétien

Pour se structurer, les militants ont bénéficié d’un accompagnement dédié aux nouveaux activistes avec l’association Makesense, qui a permis de poser leurs fondations. Le mode de gouvernance est « décentralisé », les décisions prises soit par les personnes ayant travaillé sur l’action, soit par sollicitation d’avis lorsqu’elles engagent le collectif. À ce premier cadre laïque, un cadre spirituel, hérité du prêtre et théologien saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de l’ordre des jésuites, se superpose, ajoutant un discernement par la prière aux prises de décisions.

Œcuménique, le collectif entend rassembler aussi bien les catholiques que les orthodoxes et protestants. Il tire d’ailleurs son nom du titre d’un livre de Roger Schutz, protestant et fondateur de la communauté de Taizé. Lutte & Contemplation se place dans l’héritage de cet homme pour qui « le chrétien ne peut pas rester dans les arrière-gardes de l’humanité ».

Une dizaine de militants et militantes de Lutte & Contemplation ont participé à l’action de Résistance à l’agression publicitaire (octobre 2023) pour agir contre le système publicitaire. Twitter / @Paris_RAP

« Pour nous, la prière est un moyen d’action en soi, car nous luttons aussi en priant », dit Paula de Wailly. Benoît Halgand précise leur spécificité : tenir dans un même lieu l’aspect lutte par des actions politiques et l’aspect spirituel en proposant un espace de ressourcement et de prière. « Souvent, dans l’Église, c’est soit l’un, soit l’autre », regrette le jeune catholique.

« L’enjeu pour la première année va être de structurer un collectif avec des bases saines », dit Paula de Wailly. Quelques mois après son lancement, le collectif réunit une centaine de membres actifs. Et doit déjà répondre à des demandes de création de groupes locaux.

De multiples leviers d’action

Pour commencer, le collectif désire mener des actions de plaidoyer auprès des représentants ecclésiaux. À quoi s’ajoute à un travail plus pédagogique, explique Benoît, pour « mobiliser les chrétiens sur ces questions, en produisant du contenu pour faire le pont entre foi chrétienne et écologie ». Car peu font concrètement le lien : dans un récent sondage Ifop pour Parlons climat, seulement 20 % des catholiques pratiquants et 27 % des protestants indiquent que leurs réflexions écologiques et spirituelles se nourrissent entre elles.

En parallèle, les militants aspirent à une mobilisation de terrain, à l’image des cercles de silence. Sans pour autant s’isoler des autres mouvements. « On souhaite aller renforcer les rangs des luttes existantes, portées par ceux et celles qui le font depuis longtemps », dit Éloi Descamps, lui aussi porte-parole. Le militant insiste sur l’aspect laïque du collectif : « On arrive de manière humble, sans intention de convertir tout le monde, conscients qu’il existe d’autres pensées. »

« On souhaite renforcer les rangs des luttes existantes »

Leur pancarte « zad = zone aimée par Dieu » a d’ailleurs attiré l’attention lors de la mobilisation contre l’A69 du 21 octobre. « Les gens venaient avec beaucoup de bienveillance, contents que des chrétiens prennent part aux luttes », se souvient le jeune homme de 25 ans, avant de poursuivre sur une anecdote : « D’ailleurs, lors d’une des réunions prémobilisation, des militants ont salué le dernier texte du pape sur l’urgence climatique, Laudate Deum, en se demandant “Où sont les chrétiens ?” »

Conscient que « les combats [qu’il] mène sont portés par la gauche », le collectif assume cependant de ne pas s’étiqueter politiquement. « On n’a pas de positionnement partisan », dit Éloi, tout en estimant « être politique car en prenant part à des luttes contre l’A69 ou Eacop, on entre dans un rapport de force avec ceux qui sont contre. » L’idée est d’atteindre des chrétiens ne se considérant pas « historiquement de gauche » mais qui se retrouvent dans l’engagement pour la justice sociale et le climat. Une ligne de crête qu’il faut tenir, avec leur manifeste comme cadre, où l’accent est mis sur « l’esprit de domination (…) à la racine des crises écologiques et sociales » et l’action « face aux injustices, aux exploitations, au pouvoir de l’argent ». « Les personnes qui nous rejoignent le signent et sont donc d’accord avec ces idées », souligne le porte-parole.

Une lecture écologique du message chrétien

Si le collectif tire une richesse de la multiplicité d’approche des Églises chrétiennes sur l’articulation entre spiritualité et écologie, il s’appuie aussi sur leur texte commun, l’Évangile, qui « porte une histoire profondément écologiste si on l’écoute aujourd’hui », estime Benoît Halgand. L’Évangile proposerait un « nouveau récit à l’encontre du récit dominant capitaliste et consumériste ». « Cette histoire dit que ce qui nous rapproche de Dieu, ce n’est pas de posséder mais d’aimer son prochain. Et pour cela, il faut se séparer de ses richesses et quitter ses idoles », résume le militant avant de citer « l’idole de l’argent » ; et « l’idole de la technique, très présente dans les écrits de Jacques Ellul(théologien protestant) et du pape François ».

En 2015, le pontife publiait un texte sans précédent, Laudato Si’, où il incitait clairement à s’engager pour une « écologie intégrale ». La parution en octobre de Laudate Deum, une exhortation apostolique pensée comme sa suite, réaffirme son positionnement. Il y fustige tour à tour complotistes et climatosceptiques, et déplore, entre autres, la faible réponse politique.

Lire aussi : Le pape François en croisade contre les climatosceptiques

Que le plus haut dirigeant de l’Église tienne un discours « assez radical, très engagé et tranchant sur les questions écologiques », comme le souligne Benoît Halgand, conforte le collectif dans son engagement. Et les militants chrétiens peuvent compter sur l’appui du chef de l’Église. Invité en octobre au Vatican à l’occasion de la publication, Benoît Halgand a pu lui parler de Lutte & Contemplation. Et s’est vu répondre : « Je suis de votre côté, le futur appartient aux jeunes comme vous. »

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