« L’A69, le scandale sanitaire de demain »
Les centrales à bitumes, comme celles prévues pour construire l'A69, produiront des substances chimiques toxiques, ont dénoncé les opposants le 9 décembre 2023. - X/La Voie est libre
Les centrales à bitumes, comme celles prévues pour construire l'A69, produiront des substances chimiques toxiques, ont dénoncé les opposants le 9 décembre 2023. - X/La Voie est libre
Durée de lecture : 6 minutes
Cancers, maladies liées à la pollution de l’air... Plus de 500 soignants alertent dans cette tribune sur les risques sanitaires de la construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres.
Plus de 500 soignants ont signé cette tribune. Parmi eux, médecins généralistes, pneumologues, urgentistes ou encore épidémiologistes. Les premiers signataires sont ici.
À monsieur le ministre de la Santé et des Préventions, monsieur le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, monsieur le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, et monsieur le président de la République.
Nous, acteurs et actrices de santé, joignons nos voix aux collectifs déjà engagés contre la construction de l’A69 pour alerter sur les conséquences sanitaires que représente ce projet autoroutier.
Plus de 1 500 scientifiques l’ont mis en avant : la construction de cette autoroute A69 est « délétère et injustifiable ». Elle n’est justifiée ni par l’intensité du trafic ni par les gains de temps envisagés. Socialement injuste, elle serait la deuxième plus chère de France, limitant sans nul doute son usage aux personnes les plus aisées. De nombreuses organisations non gouvernementales ont mis en avant son caractère nuisible à l’environnement et incompatible avec la transition écologique.
Nous voulons alerter ici sur les conséquences délétères pour la santé de ce projet. À l’heure des grands bouleversements climatiques, toute nouvelle démarche qui dégrade l’équilibre de nos milieux de vie est une menace sérieuse pour la santé et le bien-être des populations. En médecine, nous mettons continuellement en balance les bénéfices et les risques de nos interventions (traitements, examens, soins). Nous exigeons de nos élus qu’ils évaluent eux aussi les retombées sanitaires de chaque nouveau projet, a fortiori quand celui-ci artificialise les sols et pollue alors qu’il n’est pas indispensable.
Gaz à effet de serre, pollution éternelle, perte de biodiversité : l’A69 ne construit pas le monde de demain. Elle l’abîme, inutilement. Se soucier de l’aménagement du territoire, c’est bel et bien veiller à nourrir les besoins vitaux du corps humain : respirer, réguler sa température, dormir, boire, manger, se mouvoir, éliminer ses déchets.
Cancers, maladies, décès prématurés...
La pollution de l’air, dont le trafic routier est l’une des principales sources, tue plus que le tabac. Cette mortalité est due à l’exposition aux particules fines, qui provoquent des maladies cardiovasculaires et respiratoires, ainsi que des cancers. Les enfants sont les premiers touchés par cette pollution. Le ministère de la Santé recommande d’ailleurs de ne pas vivre à moins de 300 mètres d’une autoroute, car cela favorise le développement d’asthme chez les enfants. L’Agence européenne de l’environnement souligne également que ces effets néfastes commencent même avant la naissance en raison de l’exposition maternelle à la pollution atmosphérique.
La construction de l’A69 va provoquer le rejet de 253 000 tonnes d’équivalent CO2. Et ce, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare que le réchauffement climatique est la plus grande menace environnementale pour la santé humaine jamais connue. 33 000 décès sont attribuables à la chaleur en France entre 2014 et 2022. 2023 est l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre. Avant elle, 2016. Entre les deux, huit ans de chaleur record. Le réchauffement climatique s’accélère. Devons-nous emprunter cette dangereuse route ?
Le trafic automobile entraîne également une pollution sonore. Après la pollution atmosphérique, le bruit représente le second facteur environnemental en Europe provoquant le plus de dommages sanitaires ; aussi bien physiques (hypertension artérielle, diabète, maladies cardiaques) que mentaux. Il contribue à 48 000 nouveaux cas de cardiopathies ischémiques et provoque 12 000 décès prématurés par an en Europe.
S’entêter à poursuivre ce projet, c’est prévoir d’artificialiser 366 hectares de terres soit l’équivalent de 500 terrains de football, dont plus de deux tiers de terres agricoles. Les prairies et les bois sont des lieux où l’eau est stockée et infiltre les nappes phréatiques. Les terres agricoles sont les cautions de notre survie alimentaire. Au-delà de l’espace nourricier perdu, artificialiser les sols c’est aussi concourir à l’effondrement de la biodiversité, entraînant la disparition des espèces pollinisatrices, d’insectes et d’animaux prédateurs. Sans elles, les espèces porteuses de parasites ou virus, comme les moustiques et les tiques, prolifèrent et favorisent les infections.
« Une humanité rendue malade par ses propres activités »
Localement, la construction de l’A69 nécessite la mise en place de deux usines mobiles à enrobés de bitume. La fabrication du bitume puis son chauffage produisent une fumée constituée d’un mélange d’une trentaine de composés très toxiques et peu biodégradables, dont des métaux et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), pourvoyeurs de malformations et de cancers. C’est la santé des travailleurs du bitume, des populations avoisinantes, et de leurs enfants à naître, qui est ici sacrifiée au profit de la construction de ce tronçon autoroutier.
« Les aménagements de territoire destructeurs d’aujourd’hui seront les scandales sanitaires de demain »
Nous, actrices et acteurs de santé, nous sentons démunis. Quels sens ont nos métiers lorsque nous devons soigner une humanité rendue malade par ses propres activités ? Comment agir contre des maladies causées par des politiques publiques incompatibles avec la santé ? Nous ne pouvons plus fermer les yeux et taire notre voix face à cette balance bénéfice/risque défavorable.
Nous avons besoin de décisions courageuses de la part de nos élus afin de préserver nos conditions d’existence et celles des générations futures. C’est pourquoi des projets anachroniques et délétères pour la santé humaine, comme celui-ci, ne doivent plus voir le jour. Ils doivent laisser place à des réaménagements en accord avec une pleine santé des habitants de cette planète, comme le propose le collectif La Voie est libre. Écologie et santé ne peuvent plus être dissociées.
Les aménagements de territoire destructeurs d’aujourd’hui seront les scandales sanitaires de demain. Hier nous ignorions. Maintenant, nous savons. Dès à présent, agissons : stoppons cette construction !
Les premiers signataires :
Alliance santé planétaire
Société francophone de santé et environnement (SFSE)
Marie Guirguis, médecin généraliste, membre de l’Alliance santé planétaire
Mélanie Popoff, médecin de prévention et dépistage à la Ville de Paris, experte en santé environnementale,
Margot Smirdec, médecin anesthésiste réanimatrice, membre de l’Alliance santé planétaire
Charlotte Marchandise, experte en santé publique auprès de l’OMS
Serge Morand, chercheur en écologie de la santé au CNRS
Alice Desbiolles, médecin en santé publique, membre fondatrice de l’Alliance santé planétaire
Kévin Jean, maître de conférence en épidémiologie au Cnam
Hafsah Hachad, néphrologue à l’APHP, membre fondatrice de l’Alliance santé planétaire
Alexandre Robert, infirmier de santé planétaire, membre fondateur de l’Alliance santé planétaire