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ÉditoAlternatives

Contre la morosité, Reporterre lance sa lettre 100 % bonnes nouvelles

Rassemblement féministe contre le nucléaire, en 2019.

Crise écologique, impasse politique... Pour ne pas sombrer, Reporterre sort son infolettre mensuelle dédiée aux alternatives, à la joie et à la colère qui animent les luttes : « L’Étincelle ». Un véritable shoot de vitalité !

Depuis dix ans que je travaille à Reporterre, pas un matin sans une nouvelle glaçante. Déclin vertigineux des papillons, inondations meurtrières en Asie, recrudescence des cancers chez les jeunes… Tantôt j’en pleure, tantôt j’enrage. Le plus souvent, ce flot de catastrophes s’insinue en moi sous une forme plus paralysante : le fatalisme. Refuser l’impuissance, tel est le défi de notre décennie — peut-être de notre siècle. Mais comment ne pas sombrer ?

Personnellement, ce qui me tient, c’est la douceur et la cohésion au sein de Reporterre. Ce qui me tient, c’est la nécessité vitale du travail journalistique que nous menons. Ce qui me tient, c’est aussi — surtout — l’attention que nous portons aux alternatives. Agroécologie, mobilités douces, énergies citoyennes… Raconter ces centaines d’initiatives qui œuvrent à construire dès aujourd’hui le monde de demain.

Dans un monde en proie aux atrocités climatiques, parler d’alternative peut paraître au mieux naïf, au pire néfaste. Une manière convenable de faire l’autruche. Et pour les journalistes attachés au sacro-saint principe de la dénonciation — « porter la plume dans la plaie » —, écrire sur l’écoconstruction ou le zéro déchet relève (presque) du blasphème.

Pourtant, à Reporterre, nous nous attachons depuis nos débuts à raconter toutes ces alternatives, comme autant de remèdes à l’écoanxiété. Dans la bataille culturelle qui se joue, nous entendons également promouvoir ces « utopies concrètes », avec une rigueur journalistique et un regard critique.

Nous voulons maintenant aller plus loin. Grâce à vos dons, nous lançons, à partir de janvier 2026, une infolettre mensuelle entièrement dédiée aux alternatives : L’Étincelle. Un shoot de vitalité que vous pouvez vous procurer en vous inscrivant à nos lettres d’info — toutes les personnes inscrites aux infolettres hebdomadaire ou quotidienne recevront automatiquement la première Étincelle. Et nous vous donnons rendez-vous mercredi 7 janvier à la Maison des Métallos, à Paris, pour une soirée autour de la joie, au cœur des luttes.

Préparer la révolution

Pourquoi un tel ramdam ? Il y a quarante ans, le néolibéralisme écocidaire a triomphé sur l’idée qu’« il n’y [avait] pas d’alternative ». En cultivant ces milliers d’utopies concrètes, il s’agit donc bien de préparer la révolution. À condition de prendre le mot « alternative » dans son sens le plus radical : « Toute proposition concrète s’écartant des manières dominantes de vivre, de produire, de s’organiser », définissait mon collègue Emmanuel Daniel, auteur d’un livre sur le sujet.

Partager des nouvelles réjouissantes, décrire des initiatives inspirantes, imaginer un avenir radieux nous empuissante. Comprendre : nous redonne une capacité d’agir. Mais ce n’est pas tout. Les alternatives procurent aussi de l’espoir et de la joie, deux ingrédients essentiels pour traverser — et vivre — un présent saturé de catastrophes.

« La joie est politique, écrit l’autrice Kiyémis dans un ouvrage collectif dédié à cette thématique, parce qu’elle s’oppose, dans sa nature même, à la domestication de notre vitalité. » Elle « jaillit de notre volonté de rester vivantes, tendres, lucides, dans un monde qui nous voudrait dociles ou mort⋅es ».

Une nécessité, une exigence même. Je suis maman d’une fille de 5 ans. C’est elle qui me connecte à la puissance de la joie et de l’émerveillement. Comme l’indique l’écrivaine Coline Pierré (toujours dans l’ouvrage collectif dirigé par Kiyémis), « les enfants nous apprennent [que] le monde ne s’abat pas fatalement sur nous, [que] les règles ne sont pas immuables. […] Tout peut être questionné, remis en cause, discuté ».

« Nourris de ces émotions,
nous nous devons de combattre »

Pour ma fille, pour cette génération qui arrive, je me dois — nous nous devons — de rêver, de rire, d’aimer. Et, nourris de ces émotions, nous nous devons de combattre. Car il ne s’agit pas de nier la catastrophe, ni de minimiser l’angoisse ou l’épuisement. Il ne s’agit pas non plus de renoncer à la lutte ni à la dénonciation. Bien au contraire.

Les alternatives que nous rapportons sur Reporterre marchent bien souvent sur deux pieds : l’expérimentation concrète d’autres manières de vivre et la bataille contre ce qui fait obstacle à leur généralisation. De la même manière, colère et joie ne s’opposent pas. Comme l’écrit Kiyémis, « la colère nous arrache au silence, elle nous redresse. […] La joie est ce qui nous permet de rester debout après ce sursaut. Elle transforme l’indignation en trajectoire ». Voilà un beau programme pour 2026.

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