2 ans à l’Environnement : 8/20, Mme Royal

2 avril 2016 / Camille Martin (Reporterre)



Déja deux ans ! C’est un 2 avril Ségolène Royal a été nommée à la tête du ministère de l’Écologie, devenu de l’Environnement. Bilan : une forte présence, beaucoup d’agitation, quelques succès, pas mal d’échecs, des oublis majeurs. Si on la notait : 8/20.

Et si c’était le conseil de classe du deuxième trimestre ? L’élève Royal susciterait l’intérêt des professeurs, sans doute. Voyons :

BIEN

- L’abandon du barrage de Sivens

Le projet prévoyait de créer une retenue d’eau de plus de 40 hectares sur le Tescou (Tarn) destinée à l’irrigation des grandes cultures alentour. La marge de progression de Ségolène Royal sur ce dossier était importante, puisqu’elle affirmait, en septembre 2014, qu’il s’agissait d’un barrage hydroélectrique et que l’État n’avait aucun moyen de peser sur la destruction de la zone humide. Elle a quand même mandaté des rapports d’expertise qui ont conclu que le projet était surdimensionné et qui ont proposé des solutions de rechange. Après l’homicide de Rémi Fraisse par la gendarmerie, en octobre 2014, elle a endossé un rôle de médiatrice et en février 2015, a proposé au président du conseil général du Tarn une indemnisation en contrepartie de l’abandon des travaux. Le 24 décembre 2015, un arrêté interdépartemental abroge la déclaration d’intérêt public du projet initial. Un projet de moindre ampleur reste à l’étude. Plutôt bien joué, tout cela.

- Le plastique n’est plus fantastique

Au rayon des bonnes nouvelles, on trouve l’interdiction du sac plastique à usage unique pour tous les commerçants dès le 1er juillet 2016, qu’ils soient gratuits ou payants. Instaurée dans les supermarchés il y a plusieurs années, la mesure devrait permettre de diminuer drastiquement les quelque cinq milliards de sacs plastiques encore distribués annuellement dans les commerces.

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Vannerie avec des sacs plastique.

- Pas de fracturation hydraulique en France

C’est la position officielle du gouvernement : la fracturation hydraulique est et restera interdite en France. Mais fin janvier dernier, Total, jouant sur la définition floue de cette technique d’extraction, a obtenu l’annulation de l’abrogation de son permis de recherche de 2011 dans la Drôme. Ségolène Royal a immédiatement annoncé qu’elle ferait appel de cette décision pour « faire respecter strictement l’interdiction de la fracturation hydraulique ». Point notable : pour justifier cette position, elle a avancé la nécessité de lutter contre le changement climatique . Certains estiment ainsi qu’elle devrait aller plus loin.

- Mobilisée contre les pesticides

Le Roundup, produit phare de Monsanto, retiré des rayons, la pratique de l’épandage aérien rendue plus difficile, et la fin des phytosanitaires dans les espaces verts… Ségolène Royal soutient la lutte contre les pesticides. Elle s’est notamment mobilisée pour l’interdiction des néonicotinoïdes (qui tuent les abeilles) en s’opposant au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qui invitait les députés à ne pas la voter. Elle s’oppose aujourd’hui à la Commission européenne, favorable au renouvellement de l’autorisation de commercialisation du glyphosate (l’herbicide du Roundup, classé « cancérogène probable » par l’OMS) qui expire le 30 juin prochain.


PEUT MIEUX FAIRE

- Une loi de transition énergétique au milieu du gué

À sa nomination, Mme Royal avait fait sa priorité de la loi sur la transition énergétique. Deux ans après, le bilan est mitigé. Votée en août 2015, la loi prévoit une réduction de la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à 2012, une réduction de la consommation primaire des énergies fossiles de 30 % en 2030 et un objectif de 23 % d’énergies renouvelables en 2020 – trois bons points. En revanche, elle ne remet pas en cause la suprématie du nucléaire. Si la part de l’atome doit passer de 75 % à 50 % dans le mix énergétique d’ici à 2025, le texte ne prévoit pas de fermeture de réacteur et se contente de plafonner la puissance du parc à son niveau actuel de 63 gigawatts : des objectifs contradictoires. Enfin, la programmation pluriannuelle de l’énergie, qui doit définir les modalités de mise en œuvre de la loi à court terme, n’a toujours pas vu le jour.

- La biodiversité passe son tour

Si la victoire sur les néonicotinoïdes, l’adoption du préjudice écologique, la prise en compte des pollutions lumineuses constituent des avancées, elles n’occultent pas les incohérences et les reculades de la loi sur la biodiversité. Le chalutage en eaux profondes reste autorisé, la taxe sur l’huile de palme a été réduite, l’Agence française de la biodiversité, censée mettre en place la politique environnementale du pays, n’a pas les moyens de ses ambitions… Bref une occasion manquée.

- Climat et COP 21-22 : l’obsession, être sur la photo !

En 2015, durant la préparation de la COP 21 (Conférence des Nations unies sur le climat), Mme Royal s’est fait voler la vedette par l’alors ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, chargé par François Hollande du volet diplomatique de la COP 21 et félicité pour la signature de l’accord de Paris, le 12 décembre 2015. La ministre de l’Environnement a dû se contenter de faire de la figuration aux côtés de la société civile (ONG, collectivités territoriales et entreprises) dans des halls déserts du Bourget. Mais le dernier jour, elle a réussi à figurer en bonne place sur les photos !

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Ségolène Royal et John Kerry, le secrétaire d’État étatsuniens, lors de la COP21, en décembre 2015, au Bourget.

Elle a pris sa revanche lors du remaniement de février 2016 en raflant la présidence de la COP à M. Fabius, sorti du gouvernement et nommé président du Conseil constitutionnel. Sa première action de présidente, fin février, a été de visiter l’Égypte, l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Sénégal pour préciser son plan d’aide au déploiement des énergies renouvelables sur le continent africain et préparer la cérémonie de signature de l’accord de Paris, prévue en avril à New York.
Mais elle a médiocrement bloqué la candidature de la négociatrice en chef pendant la COP 21, Laurence Tubiana, au poste de secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) : elle « veut rester seule aux commandes » et « ne supporte pas qu’une femme lui fasse de l’ombre », selon un diplomate cité par Le Canard enchaîné.


MAUVAIS

- Nucléarisme obstiné

Elle est loin, l’époque de la primaire socialiste de 2011 durant laquelle Mme Royal plaidait pour un abandon de l’atome à « échéance de quarante ans maximum ». Fin février, la ministre de l’Environnement, plus sensible aux déboires financiers d’EDF qu’aux inquiétudes des pays voisins concernant la sûreté du parc français, s’est dite prête à « autoriser la prolongation des réacteurs nucléaires pour 10 ans supplémentaires » afin de porter leur durée de vie à 50 ans.
En janvier 2016, elle a fixé à 25 milliards d’euros le coût du projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo (Meuse), un arbitrage jugé « délirant » et « favorable aux exploitants nucléaires » par Florent Compain, président des Amis de la Terre. Concernant la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), Ségolène Royal a confirmé que la procédure de fermeture serait enclenchée d’ici fin 2016 mais que l’arrêt effectif n’interviendrait pas avant 2018.

- La facture amère et salée de l’Écotaxe

En octobre 2014, après plusieurs reports et sous la pression des manifestations des Bonnets rouges en Bretagne, Ségolène Royal a enterré le projet d’écotaxe au motif qu’elle était « punitive ». Décidée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008, cette taxe réservée aux poids-lourds devait décourager le transport routier et financer des projets alternatifs au tout-camion, en vertu d’un principe de pollueur-payeur.

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Manifestation en Bretagne contre l’écotaxe, en juin 2014.

Le manque à gagner est important, puisque cette taxe devait rapporter 1,15 milliard d’euros. En outre, l’État doit indemniser Écomouv’, la société chargée de la mise en place des portiques et de la collecte de la taxe, à hauteur de 969 millions d’euros.

- Automobile diesel : plutôt sauver l’industrie que la santé

Mme Royal ne semble guère décidée à lutter contre les pollutions liées au diesel. Après le scandale Volkswagen (11 millions de véhicules équipés d’un logiciel truqueur réduisant artificiellement leurs émissions de gaz polluants) de septembre 2015, la ministre a créé une commission d’enquête chargée d’analyser les émissions d’une centaine de véhicules tirés au sort dans le parc français. Un moyen habile de détourner l’attention, alors que Reporterre révélait que Renault était champion de la pollution. Mais quand, en janvier 2016, les tests ont confirmé nos informations et révélé des dépassements d’émissions (CO2 et NOx) chez des véhicules Renault, elle a minimisé l’affaire et n’a pas retiré sa confiance au constructeur. « Les actionnaires peuvent être rassurés, les salariés peuvent être rassurés. La fraude n’existe pas », a-t-elle dit en conférence de presse, alors que les tests ne permettaient pas encore de l’affirmer.
Par ailleurs, en octobre 2015, elle a condamné la décision de la Commission européenne, confirmée par le Parlement européen en février 2016, d’accorder des dépassements d’émissions polluantes aux véhicules diesel de 110 % jusqu’en 2020 et de 50 % ensuite. « Instaurer des normes plus laxistes, c’est comme donner un droit à polluer aux constructeurs automobiles », a-t-elle critiqué. Mais elle n’a pas saisi la Cour de justice européenne comme le réclamaient les eurodéputés écologistes.

- Des milliards pour la voiture électrique, quelques centimes pour le vélo

En misant tout sur la voiture électrique au détriment d’une vraie politique de mobilité alternative et durable (vélo, transports en communs…), l’élève Royal semble mettre la charrue avant les bœufs. Pire, elle veut installer 7 millions de bornes de recharge d’ici à 2030, une mesure qui pourrait coûter 42 milliards d’euros d’argent public, pour à peine 22.187 véhicules vendus en 2015. Car, si la voiture électrique est sans doute l’avenir du véhicule individuel (selon les mots de la ministre), son bilan énergétique au vu du parc de production actuel, lui, est à relativiser.

- Notre-Dame-des-Landes : tenter de peser

Mme Royal n’est pas partisane du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et s’était prononcée en 2011 pour un moratoire. Mais elle ne veut pas le manifester franchement face à l’obstination de Manuel Valls et les contorsions de François Hollande : elle a lancé une Commission d’experts et tente de peser sur la mécanique artificielle du "référendum", mais sans convaincre le Conseil national de la transition énergétique. Plus de courage politique est maintenant nécessaire : l’honneur de Mme Royal survivrait-il à l’assaut policier sur la Zad dont rêvent MM. Valls et Retailleau ?


ABSENCES NON JUSTIFIÉES

- Et l’économie d’énergie, alors !

Les économies d’énergie, qui devraient être au cœur de la loi de transition énergétique, ne reçoivent que de timides encouragements. Avec près de 44 % d’énergie consommée, le secteur du bâtiment est le premier poste de consommation en France et mérite un effort plus soutenu. La loi fixe bien un objectif de 500.000 logements rénovés mais son application sur le terrain reste vague. Et le crédit d’impôt transition énergétique, s’il a encore récemment été transformé, ne permet pas de débuter la transition souhaitée. Enfin, le secteur tertiaire, très gourmand en énergie, est largement oublié dans ce calcul. Le compte est loin d’être bon.

- Le changement d’heure : oublié !

Ségolène Royal l’admet volontiers : le changement d’heure (ou passage à l’heure d’été) ne fait pas économiser l’énergie. Mais après avoir annoncé une étude et une remise en question publique de l’application du changement d’heure dès 2016, les résultats et les contours de cette étude sont toujours aux abonnés absents. Si l’heure continue d’avancer chaque année, les réponses de la ministre font, elles, du surplace .

- Gaspillage des terres. Mais... de quoi s’agit-il ?

Dans le silence, l’artificialisation des sols et le gaspillage des terres agricoles se poursuivent en France. Un enjeu où la ministre de l’Environnement est muette et inactive. Rien à faire, vraiment ?


COMMUNICATION EN CLASSE

Boulimique des médias et friande d’annonces, la ministre de l’Environnement n’hésite pas non plus à s’attaquer aux grandes multinationales ayant mauvaise presse… quitte à manquer sa cible. Quand elle veut interdire la vente de Roundup aux particuliers, personne n’ira défendre Monsanto, mais c’est masquer le fait que le produit sera toujours accessible en rayon et que les utilisateurs majoritaires de pesticides sont en réalité les exploitations agricoles.
Même écran de fumée quand elle appelle à boycotter Nutella. Si le produit utilise bel et bien de l’huile de palme, un rapport de Greenpeace montre que Ferrero, producteur de la célèbre pâte à tartiner, est parmi les meilleurs élèves en matière de Zéro déforestation dans le secteur. Essai manqué donc : attention à ne pas prendre ses camarades pour des têtes de Turcs !

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Ségolène Royal dans la cour de l’Élysée, mercredi 16 mars 2016.

NOTE FINALE : 8/20

Ministre douée, travailleuse et participative, mais agitée et manquant de jugement sur des dossiers essentiels. Peut décidément mieux faire.




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Lire aussi : Mme Royal ne veut pas, mais vraiment pas, parler à Reporterre

Source : Marie Astier, Mathilde Gracia, Hervé Kempf, Émilie Massemin et Marc Sautelet, pour Reporterre

Dessin : © Red ! /Reporterre

Photos :
. plastique : Les Filles du Facteur
. COP : © Arnaud Bouissou/Terra
. écotaxe : Flickr (Anthony/CC BY-NC 2.0)
. Cour de l’Élysée : © Barnabé Binctin/Reporterre

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