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ÉditoPolitique

Le monde d’après s’appelle Révolte

Qu’ils sont loin, les rêves du « monde d’après ». Aujourd’hui, tout est redevenu comme avant, en pire. Ecologie et justice sont oubliées, alors que le pouvoir réprime de plus en plus durement la jeunesse, tout en bouchant son avenir. Sous le couvercle du confinement, la colère bouillonne.

Qu’il est loin, ce premier confinement. Il nous avait pris par surprise, c’était une situation jamais vue, cette mise en suspens d’une partie du monde pendant quelques semaines. La crainte du virus était là, le boulot était pénible pour les travailleurs les plus précaires et ceux assurant les fonctions vitales de la société. L’anxiété du chômage surgissait pour d’autres. Mais il y a eu aussi pour beaucoup, la découverte du silence, du renouveau de la nature, un moment de respiration dans le grand chambardement du monde. Une certaine euphorie se faisait jour, dans l’espoir que de cette crise pourrait surgir un monde meilleur. On a rêvé du « monde d’après » : transports, agriculture, santé, économie — on allait tout reprendre dans le bon sens, tandis qu’associations, syndicats, personnalités multipliaient les appels et les listes d’idées pour « le jour d’après ».

Six mois plus tard, nous sommes « après » : en pleine deuxième vague de la pandémie, en confinement, sous la férule d’un gouvernement à la fois peu compétent et autoritaire, et observant en silence les nouveaux maîtres du monde se gaver, tel Jeff Bezos, le patron d’Amazon encore enrichi en centaines de milliards, ou le patron de Pfizer qui, dès l’annonce d’un potentiel vaccin, a vendu 60 % de ses actions pour profiter de son cours qui venait de bondir.

Force est de constater que rien ne bouge. Le vide des politiques sur la biodiversité et le climat est sidéral, alors que ce sont les domaines clés si l’on veut éviter que se répètent sans cesse de nouvelles pandémies et que l’on endure du fait du réchauffement des situations intolérables. Toute l’attention politique est focalisée sur la gestion à court terme de la pandémie, attendant un miracle d’un vaccin à venir — dont l’idée qu’il pourrait être mis à disposition comme un bien commun est abandonnée — et trépignant dans l’espoir de faire repartir la croissance. La question de l’écologie globale ? Celle des inégalités ? « On verra plus tard. » Et en attendant, on continue à détruire la biodiversité en multipliant les projets inutiles, et sans rien entreprendre ni pour limiter l’élevage industriel ni pour limiter la déforestation tropicale, les deux sources des zoonoses.

Le mépris de la jeunesse

Quant au climat, un sujet crucial permet de comprendre combien il pèse peu en France : celui de la rénovation énergétique. Nous lançons aujourd’hui une grande enquête à propos de cette politique aux bénéfices collectifs évidents : sa mise en œuvre permettrait d’économiser des milliards d’euros sur nos importations de pétrole ou de gaz tout en réduisant les émissions de CO2. Elle créerait des emplois pour des dizaines de milliers d’artisans, elle contribuerait à réduire la pauvreté. Mais alors que l’urgence est reconnue depuis des années (Grenelle 2007), on est toujours encalminés. Ses financements sont confus et dispersés, les artisans ne sont pas formés, les procédures administratives compliquées, le lobby nucléaire pèse pour freiner. Alors que la rénovation énergétique est un axe essentiel d’une vraie politique climatique, elle continue à patauger depuis plus de dix ans.

L’explication de cette paralysie — qu’il s’agisse de biodiversité ou de climat —, est la résistance obstinée de pouvoirs oligarchiques à tout changement réel. Ils préservent leurs intérêts et promeuvent leur vision du monde : croissance, productivisme, numérique — point !

Le plus grave est que leur inconséquence égoïste prépare un avenir noir aux jeunes générations, qui subiront de plein fouet les catastrophes écologiques si nous n’agissons pas urgemment. Cette inconséquence, d’ailleurs, témoigne d’un mépris pour la jeunesse, d’un monde de vieux riches qui veulent préserver leur confort moisi. Elle se traduit par une attitude incroyablement brutale à l’égard des enfants et des adolescents : on oblige les enfants à porter dès six ans des masques qui les étouffent, on matraque et gaze des lycéens qui demandent qu’un protocole sanitaire sérieux soit appliqué, on garde à vue des enfants de dix ans pour « apologie du terrorisme », on lance une enquête sur la Fédération des centres sociaux parce que les propos des jeunes n’ont pas eu l’heur de plaire à une secrétaire d’État. Et l’on prépare une loi de « sécurité globale » (discutée jour pour jour deux ans après la naissance du mouvement des Gilets jaunes) pour pouvoir réprimer encore plus brutalement et à l’abri des regards celles et ceux qui oseraient protester.

Ce pouvoir est ivre d’autoritarisme et dangereux. En mai, on expliquait ici que le monde d’après serait un champ de bataille. Le champ est encore vide, parce que le confinement pèse comme un couvercle de plomb sur l’énervement, l’anxiété, la colère qui bouillonnent contre l’impéritie des gouvernants, contre le désastre écologique et contre l’injustice insupportable. Contre l’asphyxie et l’avenir sinistre que préparent les dominants. Quand ce couvercle se lèvera enfin, il y a fort à parier que la colère se transformera en révolte. Elle sera légitime.

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