Macron, un an d’« imposture » agricole et environnementale, selon Attac

4 mai 2018 / Émilie Massemin (Reporterre)

Dans « L’imposture Macron », Attac et la Fondation Copernic dressent un bilan catastrophique de la première année d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Ceta, reculs sur la loi hydrocarbures et le glyphosate, nouvelles autoroutes… Ses mesures agricoles et environnementales ne valent guère mieux, observent Aurélie Trouvé et Maxime Combes, qui ont contribué à cet ouvrage.

« Ce qui caractérise Macron, c’est le contraste entre les beaux discours et les actes. Et sa tentative de faire croire à un libéralisme heureux. C’est pour ça qu’on dit qu’il s’agit d’une imposture. » Aurélie Trouvé, agronome et maîtresse de conférence en économie, porte-parole d’Attac, a participé à la coordination de l’ouvrage collectif L’imposture Macron. Un business model au service des puissants. Fruit d’une collaboration entre Attac France et la fondation Copernic, il brosse un sombre tableau de la première année de mandat du président de la République. Notamment sur les questions agricoles et environnementales.

L’auteure du livre Le business est dans le pré (éd. Fayard, 2015) pointe ainsi la suppression des aides au maintien dans l’agriculture biologique, annoncée le 20 septembre 2017 par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert. Et la déception causée par les états généraux de l’alimentation, dont la cérémonie de clôture, le 21 décembre 2017, a été boycottée par le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot. Le projet de loi qui en est issu a été adopté vendredi 20 avril par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Il est largement dénoncé par les syndicats agricoles : la Confédération paysanne s’est emportée contre un texte qui ne prévoit aucun mécanisme contraignant de partage de la valeur entre producteurs, industries agro-alimentaires et distributeurs, ni de définition précise d’un « prix abusivement bas » ; et la Coordination rurale regrette que le projet de loi ne garantisse « toujours pas des prix d’achat au minimum au niveau des coûts de production ». « Après avoir alimenté les espoirs en promettant une réduction des marges des distributeurs pour assurer des revenus décents aux agriculteurs, la montagne a accouché une souris », analyse Aurélie Trouvé.

Emmanuel Macron, le 11 octobre 2017, à Rungis (Val-de-Marne).

« Au niveau européen, le gouvernement, emprisonné dans sa politique ultralibérale, soutient les accords de libre-échange dont on sait qu’ils sont mortifères pour les paysans », poursuit l’économiste. En France, le débat au parlement sur la ratification du traité de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada (Ceta) est prévu au deuxième semestre 2018, pour une ratification qui pourrait avoir lieu à l’automne 2018. « Sachant que le gouvernement a nommé un groupe d’experts qui a rendu un avis très critique sur les aspects agricoles et environnementaux de l’accord », souligne Aurélie Trouvé. Parmi les risques évoqués, une « harmonisation vers le bas » des limites maximales des résidus de pesticides dans les produits agricoles et alimentaires et l’importation en France de produits canadiens « autorisés en vertu d’une réglementation ne prenant pas en compte le principe de précaution ». Autre sujet d’inquiétude pour les paysans, un projet d’accord commercial entre l’UE et les quatre États du Mercosur, le marché commun d’Amérique du sud, « auquel Macron ne s’est pas opposé », dénonce Aurélie Trouvé. D’après la Confédération paysanne, il pourrait entraîner l’importation en UE de 100.000 tonnes de viande bovine et de 90.000 tonnes de viande de volaille de qualité douteuse, fragilisant un peu plus les filières européennes. « Macron a réussi à se mettre à dos tous les syndicats agricoles. Pourtant, il persiste et signe », conclut l’économiste.

Deux coups d’éclat en début de mandat, puis plus rien

Pourtant, difficile de s’opposer frontalement au président de la République, observe Maxime Combes, économiste et membre d’Attac, qui a rédigé la partie de l’ouvrage consacrée à sa politique environnementale. Et pour cause : « À son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a réussi deux coups. Premièrement, il a fait entrer Nicolas Hulot au gouvernement, ce qu’avaient échoué à faire ses prédécesseurs. De nombreuses associations et ONG ont alors pensé qu’elles pourraient obtenir des choses. Deuxièmement, il a réagi très fort à l’annonce faite par Donald Trump de la sortie des États-Unis de l’accord de Paris. Il est ainsi devenu, aux yeux de nombreux écologistes étrangers, un anti-Trump. Conformément à son ambition de faire de la France le porte-drapeau de la lutte contre les changements climatiques ». D’où un dilemme pour ses opposants : « Soit adopter d’emblée une position critique radicale, au risque de rompre le dialogue avec une partie des écolos ; soit prendre chacun des engagements au mot et veiller scrupuleusement à leur mise en œuvre. »

Emmanuel Macron et Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, le 16 avril, à l’Élysée.

Lui a opté pour la seconde tactique. Un an après, il a ajouté de nombreux tirets à la liste des renoncements d’Emmanuel Macron et Nicolas Hulot. Exemple avec la loi sur la fin de l’exploitation des hydrocarbures, « sachant qu’il s’agissait d’une loi symbolique puisqu’1 % seulement des hydrocarbures consommés en France sont français » : « Au début, la loi était 100 % nickel, à la hauteur des enjeux. Mais au fur et à mesure, des exemptions ont été introduites pour que cette production puisse perdurer au-delà de la date butoir de 2040. » Ainsi, l’Assemblée nationale a approuvé une dérogation pour permettre la poursuite de l’exploitation du soufre du bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. « Et des exemptions ont été introduites pour que les entreprises qui n’auraient pas rentabilisé les investissements engagés pour extraire des hydrocarbures puissent poursuivre leurs activités », s’indigne l’auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (éd. Le Seuil, 2015). Résultat, une loi au rabais.

« C’est cette logique qui se joue et qu’on retrouve dans tout un tas de mesures », poursuit Maxime Combes. Autre exemple, l’interdiction du glyphosate. « Quand ce pesticide a été réautorisé pour cinq ans par l’UE, Macron a fait mine de s’insurger et a déclaré que la France l’interdirait au bout de trois ans. Puis, en février, Nicolas Hulot a évoqué des exceptions. Et cette promesse de sortie du glyphosate en trois ans a mystérieusement disparu du nouveau plan de réduction des pesticides du gouvernement, présenté le 25 avril », reconstitue l’économiste.

Pour Maxime Combes, Emmanuel Macron veut bien tenir de beaux discours sur l’écologie, à condition de ne pas toucher au cœur de sa politique économique libérale. L’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes illustre bien cet état d’esprit. « Il aurait pu marquer la volonté d’une décision forte sur l’écologie. Mais, dans son discours du 17 janvier, le Premier ministre, Édouard Philippe, n’a parlé ni de biodiversité, ni de climat, ni de zones humides. Aujourd’hui, le gouvernement essaie de casser ceux qui tentent d’inventer un nouveau monde. Il envoie des blindés contre des cabanes qui n’ont jamais emmerdé personne. Et continue de construire des autoroutes à Strasbourg et à Rouen. »


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Lire aussi : Macron, le président du vieux monde

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. chapô : Emmanuel Macron le 29 mars, à Paris. @EmmanuelMacron sur Twitter
. Trudeau : @EmmanuelMacron sur Twitter

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