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Perroquets danseurs, chauves-souris câlines... Ces animaux fascinants que la science redécouvre

Les cacatoès sont de fabuleux danseurs.

Des cacatoès férus de danse, des chauves-souris câlines, des manchots experts des courants marins : notre chronique « Animaux géniaux » met à l’honneur l’ingéniosité de ces non-humains.

[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.



  • Les cacatoès sont de fabuleux danseurs

Êtes-vous parfois gagné par la gêne lorsque de la musique surgit en soirée ? Tentez-vous alors gauchement, pour vous donner une contenance, d’osciller de la tête, de tapoter le sol ou d’onduler les hanches de manière semi-rythmée ? Pire : vous réfugiez-vous dans la cuisine dans l’espoir d’y échapper ? Si l’idée de danser en public vous donne des sueurs froides, sachez que les cacatoès sont plus doués que vous.

Une étude publiée début août dans la revue scientifique Plos One montre que ces oiseaux à la tête crêtée maîtrisent pas moins de 30 mouvements de danse, qu’ils combinent de manière unique en fonction de leur personnalité. « Headbang » (balancer vivement sa tête sur un rythme effréné), pas sur le côté, levers de pattes, tours sur eux-mêmes, fléchissements synchronisés… Il y a fort à parier que ces perroquets mettraient mieux que nul autre l’ambiance aux « turboteufs » des collectifs écologistes.

Les différents mouvements de danse des cacatoès observés par les chercheurs de l’étude. © 2025 Lubke et al.

L’équipe de chercheurs a fait cette découverte après avoir analysé 45 vidéos de cacatoès publiées sur les réseaux sociaux. Dans un second temps, ils ont fait écouter le tube « The Nights » du DJ Avicii (ainsi qu’un podcast et une bande-son de bruits blancs) à 6 cacatoès de 3 espèces différentes enfermés dans un zoo australien. Leur expérience montre qu’au moins 10 des 21 espèces de cacatoès savent danser, qu’il y ait ou non de la musique autour d’eux. Bon nombre de mouvements qu’ils effectuent en captivité ressemblent à ceux observés chez les perroquets sauvages en phase de séduction.

Moins anecdotique qu’il n’y paraît, cette étude suggère que les cacatoès pourraient faire preuve de « créativité », écrivent ses auteurs (qui encouragent la communauté scientifique à poursuivre leurs recherches sur ce sujet). La danse, qui relève de « processus cognitifs complexes », pourrait également être une forme de jeu, indicatif de leur capacité à ressentir des émotions positives.

Compte tenu des « similitudes » observées entre les mouvements chaloupés des cacatoès et la danse humaine, il est « difficile de contester l’existence de processus cognitifs et émotionnels bien développés chez les perroquets », estime l’un des auteurs, le spécialiste du comportement animal Rafael Freire.

  • Ces manchots exploitent les courants pour économiser leurs forces

Quand on est un manchot de Magellan, se nourrir peut ressembler un parcours du combattant. De septembre à février, ces oiseaux vivent le long des côtes chiliennes et argentines. Ils doivent parfois nager plus de 100 km, sans repères visuels, afin de trouver les poissons, calmars et crustacés qui régaleront leurs oisillons. Rien que l’aller peut durer trente heures.

Pour réduire leurs efforts, ils ont une stratégie. Une étude publiée dans Plos Biology suggère que les manchots de Magellan parviennent à déterminer la force et la direction des courants marins (probablement en observant l’écart entre le chemin prévu et le déplacement réel), et qu’ils adaptent leur trajectoire en fonction.

Lorsque l’océan est calme et le courant faible, ils privilégient les lignes droites entre leur lieu de nourrissage et leur colonie ; lorsque le courant est fort, ils nagent avec lui. Dériver au gré des flots les force à faire un détour, mais leur permet d’économiser de l’énergie.

L’équipe de scientifiques est parvenue à cette conclusion après avoir équipé 27 manchots de Magellan adultes de GPS, qui leur ont permis d’étudier l’évolution de leurs déplacements en fonction de l’état de la mer. D’où les manchots tiennent-ils ce superpouvoir ? Probablement d’un mélange d’instinct et d’expérience, a expliqué l’océanographe et directeur de recherche au CNRS David Grémillet à nos confrères de Science News : « Ils partent en quelque sorte avec un mode d’emploi génétiquement déterminé de la mer. » Les jeunes manchots apprennent également ces compétences en observant le comportement des adultes.

  • Les chauves-souris se câlinent

Vampyrum spectrum. Le nom scientifique de la chauve-souris javelot — qu’on croirait être l’un des sortilèges impardonnables de la saga Harry Potter — évoque davantage un monstre sanguinaire qu’un sympathique animal avide de caresses. Détrompez-vous.

Durant soixante jours au total, entre 2023 et 2024, une équipe de scientifiques a filmé un groupe de chauves-souris javelots du Costa Rica (qu’ils supposent être un mâle, une femelle et leurs enfants). L’idée était de mieux comprendre les comportements sociaux de ce mammifère quasi menacé, considéré comme la plus grosse espèce de chiroptère carnivore d’Amérique — ses membres pesant jusqu’à 180 g pour 90 cm de long.

Les chercheurs ont placé une caméra infrarouge dans le tronc de l’arbre où les quatre chauves-souris vivent. Elle leur a permis de récolter 502 vidéos. L’analyse de ces séquences a été dévoilée le 20 août dans la revue Plos One.

Les chauves-souris se rapprochent les unes des autres. © Marisa Tietge, Eduardo Artavia Durán, Mirjam Knörnschild

Les enregistrements ont de quoi étonner ceux dont l’esprit est encore embrumé par les clichés diabolisant les mammifères volants. Elles montrent que les chauves-souris javelots se blottissent de manière « très fréquente » les unes contre les autres, enroulant leurs ailes contre le dos de leurs congénères pour former, selon les mots des chercheurs, « une boule de câlins ». Elles dorment également de cette manière, museau contre museau. Ces contacts rapprochés « renforcent probablement les liens sociaux », écrivent les scientifiques.

Les yeux brillants montrent les chauves-souris faisant une boule de câlins, capturée en vidéo par les chercheurs. © Marisa Tietge, Eduardo Artavia Durán, Mirjam Knörnschild

Autres surprises : les chauves-souris javelots partagent volontiers la nourriture entre elles. Douze vidéos montrent un membre du groupe céder volontairement sa prise, en rentrant de la chasse, à un autre plus jeune. D’autres extraits montrent les chauves-souris jouer dans leur tronc, en chassant les cafards, en explorant la caméra infrarouge, ou encore en faisant « semblant » de se battre. Autant de comportements coopératifs « uniques » qui battent en brèche l’idée selon laquelle les chauves-souris seraient de diaboliques suceuses de sang.


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