Singes empathiques, papillons astronomes... Ces animaux géniaux à découvrir
- © Charlotte Guichon / Reporterre
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Durée de lecture : 8 minutes
« Animaux géniaux », notre nouvelle chronique mensuelle, vous présente les merveilles d’ingéniosité des non-humains. Au programme de cette première, papillons voyageurs, bulles de baleines, singes empathiques et oiseaux citadins.
[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.
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Les papillons de nuit voyagent grâce aux étoiles
Qui n’a jamais imaginé glisser sur l’océan, de nuit, avec les étoiles pour seule carte ? Pour la plupart des humains, la navigation astronomique n’est qu’un rêve lointain. Pour le papillon de nuit Bogong, c’est tout ce qu’il y a de plus commun. Une étude publiée dans la revue Nature le 18 juin montre que cette espèce océanienne est capable de s’orienter grâce aux étoiles, une compétence jusqu’alors seulement identifiée chez les humains et certains oiseaux migrateurs.
Chaque printemps, des milliards de papillons Bogong quittent le sud-est de l’Australie pour trouver un petit peu de fraîcheur dans les Alpes australiennes, 1 000 kilomètres plus loin. Ils y restent en dormance jusqu’à l’automne, avant de migrer vers leurs lieux de reproduction.
On savait déjà que ces insectes s’appuyaient sur le champ magnétique terrestre pour réussir ce périple. En les plaçant dans un « simulateur de vol » — une sorte de planétarium préservé de l’influence du champ magnétique terrestre —, les scientifiques ont montré que le ciel étoilé leur servait également de boussole.
Lorsque des Bogong capturés étaient exposés à une représentation réaliste de la nuit australienne, ils trouvaient la bonne direction. Lorsqu’ils étaient plongés dans un champ d’étoile aléatoire, sans représentation de la Voie lactée, ils volaient dans tous les sens, complètement perdus.
Les scientifiques ont également mis en lumière des réactions de leurs neurones visuels aux rotations du ciel nocturne. Un joli pied de nez à ceux qui, comme l’autrice de ces lignes, peinent à trouver leur chemin sans GPS.
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Les baleines à bosse tentent-elles de communiquer avec nous ?
Pour se saluer, les humains font de petits signes de la main. Faute de paumes et de doigts, les baleines à bosse leur préfèrent-elles les bulles ? C’est l’intrigante hypothèse émise dans la revue scientifique Marine Mammal Science, mi-mai, par une équipe de chercheurs internationaux. Ces derniers ont analysé une douzaine d’images et de vidéos d’« anneaux de bulles » formés par onze baleines à bosse.
De nombreuses espèces de mammifères marins relâchent de l’air par leurs évents afin de produire des structures en bulles. Ces ouvrages ont une multitude de fonctionnalités. En forme de spirales, ils servent de filets pour capturer des proies. Ils peuvent aussi être utilisés pour jouer, pour impressionner un concurrent...
Et, peut-être, pour communiquer avec les humains, suggèrent les auteurs de cette étude. Ils ont observé que les baleines à bosse qu’ils étudiaient ne formaient des anneaux de bulle qu’en présence de nageurs ou de bateaux de touristes. Cette forme particulière n’a jamais été observée lors des quelque 5 000 vols de drones réalisés pour observer des baleines à bosse dans leur milieu naturel.
« La production d’anneaux de bulles pourrait dépendre de la présence d’observateurs humains », écrivent les scientifiques. Ces données restent cependant « préliminaires », et doivent être confirmées par de plus amples recherches. Les bulles des baleines, future pierre de Rosette ?
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Les singes sont sensibles à la détresse des autres
Vous avez tendance à tendre l’oreille quand vous entendez des inconnus se disputer dans la rue, en espérant secrètement une réconciliation ? Sachez que vous n’êtes pas seuls. Les singes géladas sauvages des hauts plateaux d’Éthiopie partagent avec le genre humain le fait d’être sensibles aux signes vocaux de réconfort. Et ce, même lorsqu’ils ne sont pas directement impliqués dans un conflit.
Cette découverte est relatée dans le journal scientifique PLOS One. L’équipe de scientifiques à son origine a fait écouter à des mâles adultes des enregistrements d’autres singes géladas sauvages simulant une interaction sociale.
Les séquences vocales diffusées étaient composées de cris de détresse de femelles, précédés ou suivis de cris « affiliatifs » de mâles (c’est-à-dire des cris favorisant les liens sociaux ou sollicitant une forme de coopération). La diffusion d’un cri affiliatif après un cri de détresse suggérait qu’on avait apporté du réconfort à la victime ; le contraire, qu’elle était abandonnée à elle-même.
L’équipe de scientifiques a observé que les singes géladas étaient plus attentifs lorsque les cris affiliatifs précédaient les cris de détresse des femelles (autrement dit, lorsqu’elles étaient possiblement en mauvaise posture). Ils s’arrêtaient alors de manger, ou regardaient de manière soutenue dans la direction du haut-parleur.
Cela montre, d’après les scientifiques, que les géladas « comprennent les enjeux des interactions sociales ne les impliquant pas », et qu’ils « font la différence entre un conflit non résolu et une réconciliation ». Une preuve de plus, selon eux, que l’empathie n’est pas l’apanage des humains.
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À Sydney, les cacatoès à huppe jaune ont appris à boire aux fontaines urbaines
Dans les rues de Sydney, il faut désormais faire la queue avec les cacatoès à huppe jaune (Cacatua galerita) pour se désaltérer. Un groupe de ces volatiles de l’ouest de la ville australienne a en effet appris à utiliser les fontaines à eau destinées aux humains, un comportement qui n’a été observé chez aucun autre oiseau, lit-on dans une étude publiée dans Biology Letters mercredi 4 juin.
S’abreuver à ces fontaines rotatives garantit une eau plus pure que dans les caniveaux mais demande une grande dextérité : il faut tourner et maintenir une poignée pour que l’eau soit libérée d’un capuchon en plastique.
Cet enchaînement de gestes complexes n’est visiblement pas un problème pour ces oiseaux au plumage immaculé et à la crête jaune vif, qui utilisent leurs pattes et le poids de leur corps pour manœuvrer la poignée avant de recueillir l’eau dans leur bec acéré. La chercheuse Barbara Klump, écologiste comportementaliste à l’université de Vienne, et ses collègues ont observé que 41 % des tentatives des cacatoès de s’abreuver de cette manière étaient couronnées de succès.
Plus fort encore, cette technique semble se répandre dans la population locale de cacatoès. Il s’agirait ainsi d’une « tradition culturelle » locale, estime l’écologiste comportementaliste à l’université du Nevada Vladimir Pravosudov, qui n’a pas participé à ces travaux : « Une fois que quelques cacatoès ont compris le principe, les autres l’ont probablement appris en les observant. »
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Dans le New Jersey, un épervier de Cooper utilise les feux de signalisation pour chasser
Un épervier volant en tapinois pour surprendre sa proie, rien de bien étonnant. Quand l’oiseau en question utilise une file de voitures pour se mettre à couvert, la scène est déjà plus insolite. Elle devient carrément extraordinaire quand il utilise le signal du feu de signalisation pour évaluer la longueur de l’embouteillage et ainsi maximiser ses chances de capturer son casse-croûte, comme le rapporte une étude publiée le 23 mai dans la revue Frontiers in Ethology.
Cette observation a été réalisée par Vladimir Dinets, zoologiste à l’université du Tennessee, un jour qu’il circulait en voiture dans une ville du New Jersey, aux États-Unis. Un épervier juvénile, alléché par les moineaux, les pigeons et les étourneaux qui venaient picorer dans un jardin voisin, a jailli d’un petit arbre, volé très bas au-dessus du trottoir le long de la file de voitures, réalisé un virage serré et, se faufilant entre les autos, plongé sur un des malheureux volatiles.
Intrigué par ce comportement, Vladimir Dinets est revenu à plusieurs reprises sur les lieux, ce qui lui a permis de comprendre à quel point le rapace était malin. « Le faucon attaquait toujours lorsque la file de voitures était suffisamment longue pour lui servir de couverture jusqu’au petit arbre, et cela ne se produisait qu’après que quelqu’un ait appuyé sur le bouton du passage piéton, explique-t-il dans le communiqué de l’étude. Dès que le signal sonore était activé, le rapace volait de quelque part vers le petit arbre, attendait que les voitures s’alignent, puis frappait. »
Pour autant, ce comportement n’étonne qu’à moitié le zoologiste. « Les petits oiseaux utilisent les voitures en mouvement comme abris mobiles pour échapper aux faucons qui les poursuivent, tandis que dans une ville ukrainienne, on sait depuis longtemps que les faucons utilisent les voitures et les tramways en mouvement comme couverture pour s’approcher furtivement de leurs proies », rapporte-t-il. De là à penser que les oiseaux sont autant accros à la voiture que nous...
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