2015, récit en images : face au drame, la société civile garde le cap

4 janvier 2016 / par Hervé Kempf (Reporterre)



Cette année, on s’en souviendra. Marquée par les drames de Charlie Hebdo et des attentats du 13 novembre. Mais aussi par l’Accord de Paris sur le climat, et une intense mobilisation d’une société civile active, quand la politique déçoit. Retour en images sur une année vue par l’écologie.

JANVIER : le choc

Pourtant, tout commençait bien, avec optimisme, et l’on prenait dix résolutions pour changer de direction en 2015.

Ralentir ? Pas vraiment.

Car le 7 janvier, en milieu de journée, on apprenait l’impensable : un massacre au siège de Charlie Hebdo, plusieurs journalistes et dessinateurs tués.

Que faire, que dire ? Le premier réflexe de l’équipe fut de proposer à des médias proches et à ceux qui le voudraient un texte commun : Horreur, amitié, détermination. Nous affirmions, ensemble, notre solidarité.

Et dans les minutes, nous pensions à notre camarade Fabrice Nicolino, pris lui aussi sous le feu des terroristes. Il échappait à la mort, seule nouvelle réconfortante de cette terrible journée, mais était gravement blessé.

JPEG - 29.1 ko
Fabrice Nicolino : « Je sors peu à peu des ombres »

Le soir, comme des milliers de Parisiens, nous nous retrouvions sur la place de la République, où les gens criaient leur refus de la peur :

JPEG - 77.3 ko
Place de la République, à Paris

Dans le bouleversement général, quel pouvait être le regard de l’écologie ? Rappeler, simplement, que dans sa jeunesse, Charlie Hebdo avait été porteur de la révolte écologique, grâce à Pierre Fournier, qui avait lancé La Gueule ouverte.

Et que depuis, le fil écologique, notamment grâce à Fabrice, arrivé dans l’hebdomadaire en 2010, ne s’y était jamais perdu.

Et dans les jours qui suivaient, nous réfléchissions avec les voix de l’écologie, les réflexions de Stéphane Lavignotte et de Patrick Viveret, la Marseillaise de liberté et de fraternité chantée par Graeme Allwright


la nouvelle marseillaise par makdamassakr

Et nous affirmions nettement, alors que les politiques ne parlaient que de guerre, de policiers, d’armée, de prisons, nous affirmions que, non, nous n’étions pas en guerre.

Nous voulions comprendre. Comprendre comment des jeunes gens, nés en France, en étaient venus à tuer, froidement, en plein Paris, un journal. Et nous publiions une enquête exclusive sur l’enfance des frères Kouachi. Cela n’excusait rien, cela aidait à réfléchir.

Mais, dans ce mois de janvier terrible, une lumière s’allumait : en Grèce, le parti Syriza emportait les élections. On se prenait à espérer : et si l’on faisait reculer l’ordre néo-libéral ?


FEVRIER : Vivre ensemble !

Ce que l’on comprenait du drame de janvier, c’est que la société française était fracturée, éclatée, divisée. L’enjeu, c’était, et cela reste de réapprendre à « vivre ensemble ». Et pour y aider, on organisait une Rencontre de Reporterre sur ce thème

Elle avait lieu dans le Xe arrondissement, une soirée de joie et d’intelligence, portée par la grâce. Comme le concluait Patrick Viveret, « choisir d’être heureux est un acte de résistance politique » (lire le récit de la Rencontre).

Mais la vie continue. Et dans le champ politique, le gouvernement lançait la loi Macron, visant à assouplir toutes les règles encadrant la vie économique, et créant de ce fait de nouvelles brèches dans la protection de l’environnement.


MARS : Résistances et claque électorale

Le quotidien de l’écologie fait sa métamorphose, et le 10 mars lance sa nouvelle maquette.

Loin des regards, dans le désert, une lutte étonnante : les Algériens s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste.

A Sivens, les forces de police évacuent le 6 mars la ZAD de Sivens

En Europe, la résistance se développe contre le projet de traité de libre-échange transatlantique, dit TAFTA

Le 22 mars, le premier tour des élections départementales sonnent comme une claque pour le parti écologiste EELV, même si l’analyse montre que les résultats ne sont pas aussi mauvais que le présentent les chiffres du gouvernement.


AVRIL : l’agriculture au coeur

L’agriculture est au coeur des préoccupations, en ce mois d’avril : pour éviter les émissions de gaz à effet de serre, faut-il devenir végétarien ? Mais la responsabilité ne vient-elle pas de l’agriculture industrielle ? Et, en France, de la machine économico-syndicale patiemment montée par Xavier Beulin, comme le montre notre enquête approfondie ?

Cela conduit à deux fortes rencontres de Reporterre : on peut vivre sans pesticides, et l’agriculture comme solution au changement climatique

Pendant ce temps, le mouvement des Faucheurs de chaise prend de l’ampleur. L’intellectuel Edgar Morin s’y associe. L’enjeu ? Montrer que l’argent pour lutter contre le changement climatique est disponible, il est caché dans les paradis fiscaux où les grandes banques cachent leurs fonds évadés.

Le gouvernement fait adopter la loi sur le renseignement : visant le terrorisme, elle permet aussi de surveiller et réprimer les mouvements sociaux et écologistes


MAI : calme et gamberges, pendant que la COP 21 se prépare

L’actualité est calme : c’est le moment de réfléchir, avec Pablo Servigne : « Tout va s’effondrer. Alors... préparons la suite »

JPEG - 175.7 ko
Pablo Servigne

Les médias en parlent peu voire pas du tout, mais la négociation sur le climat se poursuit, dans la perspective de la COP 21.

A Paris, les grandes entreprises se présentent comme les sauveurs du climat.


JUIN : le pape écologiste

Reporterre révèle que la ferme-usine des Mille vaches maltraite les animaux, dont l’effectif dépasse le nombre autorisé.

Mais à Amiens, ce sont les paysans opposés à la ferme-usine qui sont jugés.

Le pape François publie son encyclique sur l’écologie. Un texte audacieux, qui insiste sur les conséquences sociales de la destruction de l’environnement.

Reporterre lance sa campagne de soutien. Une bonne occasion pour découvrir l’équipe.


JUILLET : Mobilisation réussie à Notre-Dame-des-Landes

En Grèce, surprise : en référendum, le peuple s’oppose aux diktats européens. Un espoir se lève. Mais il va être bientôt déçu, quand Tsipras se pliera, quelques jours plus tard à la régle de fer de Bruxelles et des marchés financiers.

Et si le climat n’était pas seulement une affaire d’experts ? Nous poursuivons notre projet Climat et quartiers populaires, interrogeant par exemple les habitués du Bar du Peuple, à Marseille.

A Notre-Dame-des-Landes, le rassemblement des 11 et 12 juillet est un succès, témoignant que la mobilisation ne faiblit pas, contre un projet d’aéroport contraire à la politique climatique.

Toujours optimiste, Jean Gadrey rappelle qu’un million d’emplois peuvent être créés par l’écologie.


AOUT : Le gouvernement toujours anti-écolo

Reporterre fait la pause. Mais se réveille le 20 août pour dénoncer un mauvais coup du gouvernement : l’évacuation de la ferme des Bouillons.


SEPTEMBRE : Crise chez EELV, scandale automobile, succès d’Alternatiba

Les paysans ont subi une lourde crise pendant l’été. Ils manifestent à Paris, mais les promesses de Xavier Beulin ne convainquent plus.

JPEG - 115.1 ko
Xavier Beulin à la tribune

C’est la crise chez EELV : Jean-Vincent Placé et François de Rugy quittent le parti écologiste.

JPEG - 66.3 ko
Jean-Vincent Placé

Scandale : on apprend que Volkswagen a truqué ses données d’émissions de gaz polluants. Reporterre révèle que plusieurs modèles de Renault dépassent aussi les valeurs affichées.

A Paris, le rassemblement pour l’arrivée du Tour Alternatiba est un succès.


OCTOBRE : le climat monte en chaleur

Inondations catastrophiques dans les Alpes-Maritimes : le coupable, c’est l’artificialisation des sols.

JPEG - 212.2 ko
La rive droite de la Brague, en 2015, est massivement urbanisée

La Coalition climat 21 se retrouve à Créteil : la société civile sera bien présente à la COP 21.

JPEG - 67.6 ko
Les débats ont surtout porté sur les actions concrètes

Nicolas Hulot lance l’appel « Osons ». Reporterre s’interroge : à quoi sert-il ? Les lecteurs en discutent avec passion. Hervé Kempf propose à Hulot de devenir faucheur de chaises.

A Toulouse, l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse est toujours engluée. Reporterre révèle des témoignages contredisant la version officielle.

JPEG - 213.1 ko
Le mémorial sur la Zad de Sivens en octobre 2015, là où Rémi Fraisse est mort un an plus tôt.

Climat : les engagements des Etats sont presque tous publiés. Ils sont largement insuffisants pour éviter un réchauffement supérieur à 2°C.


NOVEMBRE : le drame impensable

Malgré l’avis défavorable de l’enquête publique et les critiques de la Cour des comptes, le gouvernement décide le lancement de la LGV en Aquitaine.

Le drame, l’impensable, le choc : des attentats terroristes tuent plus de cent personnes à Paris. Le temps semble se suspendre. Dans la ville, nous marchons, la vie doit continuer.

JPEG - 158.9 ko
Près du Bataclan.

Contre la peur, il faut réagir, se parler, rire. Quand une ambiance de plomb pèse sur le pays.

Le monde, ailleurs, continue de vivre et de connaître ses drames. Comme au Brésil, frappé par une terrible catastrophe écologique.

Le Parlement vote l’état d’urgence dans l’émotion. Seules quelques voix s’élèvent, comme celle de la député Isabelle Attard : « À l’Assemblée nationale, ces derniers jours, j’ai eu honte ».

JPEG - 29.4 ko
Isabelle Attard, en mars 2012.

L’intellectuel Bruno Latour rappelle qu’il y a un autre état d’urgence : l’urgence climatique.

Mais il apparait vite que le gouvernement profite de l’état d’urgence pour réprimer, aussi, le mouvement écologique.

JPEG - 100.4 ko
À l’intérieur de l’Annexe, lors de la perquisition policière.

Et malgré l’état d’urgence, dix mille personnes forment une chaine humaine à Paris, le jour de l’ouverture de la COP 21.


DECEMBRE :

Tout le mois, un étrange chassé-croisé se poursuit : d’un côté, la société civile continue à agir pacifiquement pour montrer que le climat ne peut être la seule affaire des gouvernements. Elle est souvent réprimée.

De l’autre, les négociations sur le climat se déroulent intensément au sein de la COP 21, au Bourget. Nous les suivons au jour le jour.

Mais pendant ce temps, les élections régionales se déroulent. Au premier tour, le 7 décembre, les écologistes connaissent une quasi-débâcle, tandis que le Front national caracole en tête.

Samedi 12 décembre, l’Accord de Paris sur le climat est signé. Faut-il pavoiser ? L’échec de la conférence aurait été un drame. Mais le contenu du texte est très décevant.

C’est de la société civile que peut venir le sursaut. Et en Espagne, une bonne nouvelle nous parvient, avec le succès électoral de Podemos.

Reporterre se repose quelques jours, comme des millions de Français. Des jours endeuillés par le départ de notre ami Jean-Marie Pelt. Mais c’est sur l’espoir que nous fêtons la nouvelle année, avec huit alternatives qui donnent de l’énergie.

Bonne année à toutes et à tous !




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : 2014 : une dure et forte année pour l’écologie

Source : Hervé Kempf pour Reporterre



Documents disponibles

  Sans titre
THEMATIQUE    Quotidien
28 septembre 2016
L’aviation face au mur du réchauffement climatique
Info
27 septembre 2016
En Colombie, la paix se fait au détriment de la population rurale et de la nature
Tribune
26 septembre 2016
Voici pourquoi le « beau » pain n’est pas forcément « bon »
Tribune


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Quotidien



Du même auteur       Hervé Kempf (Reporterre)