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Luttes

Retour sur l’écologie en 2022 : mégabassines, feux, canicule...

Skeyndor / CC

Les feux ont ravagé les forêts, la sécheresse assoiffé les cultures, la guerre détruit l’Ukraine, la COP27 déçu le monde... Reporterre revient sur tous les événements marquants de cette année 2022.

Que retenir de 2022 ? Une année marquée, en France, par des élections qui ont reconduit le gouvernement de la régression écologique, et à l’international par la guerre en Ukraine – aux conséquences sociales et écologiques désastreuses. Une année (de plus) sous le signe du dérèglement climatique – sécheresse, mégafeux, canicule – et de l’inaction politique en la matière. Mais aussi une année jalonnée de luttes et de victoires pour les écolos. Reporterre rembobine les douze derniers mois.

Janvier – L’hiver est mort

En février 1929, des hommes cassaient la glace sur la Seine à Paris. gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

2022 commençait à peine que le spectre de la sécheresse pointait le bout de son nez. Dès début janvier, la pluie manquait sur la majeure partie du pays. Un hiver sec et doux, pour le bonheur de certains – ravis de pouvoir oublier les frimas – et pour le grand malheur de la nature. Tout au long de l’année, la sécheresse s’est installée sur l’ensemble du pays, mais aussi chez nos voisins. Avec des conséquences en cascade, notamment pour l’agriculture, la production d’énergie, et surtout pour les écosystèmes. Face à cette aridité inédite, les politiques n’ont pas été à la hauteur, mises à part quelques décisions audacieuses, comme l’abandon des canons à neige dans la Drôme. Les autorités ont préféré des fausses solutions — comme les mégabassines — au soutien à une agriculture économe en eau et résiliente.

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Février – En Ukraine, une guerre meurtrière et écocide

Depuis février, en Ukraine, 200 000 hectares de forêts ont été touchés par des feux ; 680 000 tonnes de produits pétroliers sont parties en flamme ; 180 000 mètres cubes de sol ont été contaminés par les bombes. © Wolfgang Schwan / Anadolu Agency via AFP

Le 24 février, l’armée russe a envahi l’Ukraine. Une guerre partie pour durer, avec son lot de drames, ses dizaines de milliers de morts et ses destructions. Parmi les victimes silencieuses : l’environnement. Eaux contaminées, sols minés, incendies... L’Ukraine est devenue un cas emblématique du « Thanatocène », cette ère de la guerre et de l’écocide. Le pays, l’un des plus nucléarisés au monde, a aussi concentré les inquiétudes quant à de possibles incidents radioactifs. Une « guerre fossile », par ailleurs, qui a révélé la dépendance de l’Europe au pétrole, charbon et gaz russes. Le conflit a également provoqué une flambée des prix alimentaires et compliqué les négociations climatiques internationales.

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Mars – La grippe aviaire décime les élevages

La grippe aviaire a choqué les éleveurs, notamment ceux pratiquant le plein air. Ici, un canard à Lohitzun-Oyhercq (Pyrénées-Atlantiques), prêt à être abattu en janvier 2022. © Gaizka Iroz / AFP

16 millions de volailles abattues, des agriculteurs ruinés… Le virus de la grippe aviaire a frappé de plein fouet les fermes françaises, mais aussi les oiseaux marins. L’épidémie a profondément choqué les éleveurs, qui ont dû confiner leurs bêtes, à nouveau, durant l’automne 2022. Des politiques sanitaires décriées par certains paysans, qui luttent pour défendre l’élevage en plein air. Les répercussions sur les consommateurs n’ont pas tardé : les œufs sont faussement labellisés « plein air » et les canes ont été gavées pour faire du foie gras.

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Avril – Macron, 1 / L’écologie, 0

Des militants brandissent des portraits de Macron et dénoncent l’absence de politique sérieuse de lutte contre le réchauffement climatique, en mars 2022 à Strasbourg. ANV-COP21 Bouches-du-Rhône

Dimanche 10 avril, 47 millions de Françaises et Français ont été appelés aux urnes après une campagne qui n’a pas suscité l’enthousiasme des électeurs. Poussée de l’extrême droite, désunion des gauches… L’écologie est passée à la trappe. Les candidats porteurs d’un projet environnemental ambitieux – Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot notamment – ont été balayés lors du premier tour. Et le 24 avril, Emmanuel Macron a été réélu, en grande partie grâce au rejet de sa rivale Marine Le Pen. Cinq ans de plus pour un président au maigre bilan climatique, qui n’a pas tardé à décevoir les écologistes : il a choisi une Première ministre spécialiste des autoroutes, une ministre de l’Énergie liée à des entreprises fossiles, et un ministre de l’Écologie technosolutioniste.

Deux mois plus tard, malgré une alliance des forces écologistes et sociales, les macronistes ont préservé de justesse leur position dominante à l’Assemblée nationale. Une majorité relative qui a poussé le pouvoir à se droitiser et à passer ses premiers textes législatifs au forceps, à grand renfort de 49.3. (Seule) lueur d’espoir, l’union des gauches a permis d’envoyer de nouvelles têtes sur les bancs du Palais Bourbon – femme de chambre, ouvrière agricole, militante climat...

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Mai – « Désertons » : l’appel de la jeune génération

Pour Étienne Le Merre, ex-ingénieur devenu éleveur dans le Larzac, la désertion n’est pas un long fleuve tranquille. © Étienne Le Merre

Le 10 mai, lors d’un discours prononcé à la cérémonie de remise des diplômes d’AgroParisTech, huit étudiants ont refusé d’exercer des « jobs destructeurs » et appelé leurs camarades à rejoindre les luttes écolos et à travailler de leurs mains. Un appel à la désertion vite devenu viral car en France, et dans le monde occidental, des millions de personnes – bourgeoises ou prolétaires – ont quitté leur travail. Une « grande démission » vue et vécue comme une stratégie de lutte contre l’offensive néolibérale et la catastrophe écologique. Mais l’engouement reste à questionner : il n’est pas facile de tout plaquer, de réinventer le travail, le quotidien. Un sillon à creuser dans les années à venir ?

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Juin – La canicule, toujours plus tôt, toujours plus chaud

À Divajeu (Drôme), les cultures ont été cuites par la sécheresse. © Caroline Delboy / Reporterre

L’été 2022 a été parmi les plus chauds jamais enregistrés. Un été prémonitoire, comme un avant-goût de notre futur climatique, ont averti les climatologues. La première vague caniculaire a étouffé l’hexagone dès le mois de juin — un record de précocité. Avec des effets catastrophiques, en particulier pour les plus démunis : les habitants de HLM, les détenus, les gens du voyage, les sans-abris. La canicule a causé près de 10 000 morts en plus en France. La chaleur a aussi anéanti nombre d’animaux. Pour rappeler que ces drames ont des responsables, l’économiste Maxime Combes a proposé de donner aux vagues de chaleur les noms de compagnies pétrolières.

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Juillet – La France entre dans l’ère des mégafeux

Des riverains regardent la fumée sur Cazaux, à La Teste-de-Buch, le 14 juillet 2022. © AFP/Thibaud Moritz

Des feux ont ravagé les forêts de Gironde, obligeant à des évacuations massives. Les incendies ont sévi partout sur le territoire, et jusqu’en Bretagne : au total, plus de 62 000 hectares de végétation sont partis en fumée. Aggravés par le changement climatique, ces feux de forêt ont aussi d’autres causes, bien politiques : les plantations intensives de résineux pour l’industrie du bois, très inflammables ; les coupes budgétaires au sein de la Sécurité civile.

Ailleurs en Europe, les flammes ont déclenché une fronde sociale inédite en Espagne, et détruit des zones naturelles exceptionnelles en Grèce. Seule bonne nouvelle : les forêts, quand elles sont naturelles, se sont vite remises. Et certaines pratiques agricoles ont permis de limiter les dégâts.

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Devant le tribunal de Niort fin 2022, des militants ont organisé un faux procès en marge du procès des militants antibassines, jugés pour avoir participé à une manifestation. © Yoan Jäger / Reporterre

Résultat de la sécheresse, plus d’une centaine de communes se sont retrouvées sans eau potable, approvisionnées par des camions-citernes, en particulier dans le Var. Ailleurs, comme dans les Vosges, l’eau est devenue impropre à la consommation. Ces pénuries ont révélé des injustices quant au partage de cette ressource précieuse : certains golfs ont pu continuer d’arroser, de même que plusieurs agriculteurs irrigants. Le gouvernement, lui, a poussé la création de réserves d’eau – mégabassines et autres barrages – pourtant critiquées par nombre de scientifiques. Conséquence, le conflit autour de l’eau s’est accentué, en particulier dans les Deux-Sèvres, où des milliers de manifestants se sont réunis en octobre contre l’accaparement de l’or bleu, au cours d’une marche sévèrement réprimée.

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Septembre – Nucléaire, le passage en force du gouvernement

Des militants portent des compositions florales mortuaires pour dénoncer le nucléaire, lors du débat public du 8 novembre, à Paris. © Scandola Graziani / Reporterre

Fin septembre, l’exécutif a présenté son projet de loi visant à accélérer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Une promesse du candidat-président Macron, mais un « passage en force » dénoncé par les écologistes. Car ce projet de loi a été présenté avant même que le débat public sur l’avenir énergétique du pays n’ait débuté. Sur le fond, les antinucléaires soulignent que les centrales déjà existantes ont subi des problèmes techniques à répétition. 23 des 56 réacteurs étaient ainsi à l’arrêt à l’automne. D’autres voies que l’atome étaient pourtant sur la table, comme des politiques ambitieuses de sobriété : elles sont ignorées par l’exécutif.

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Octobre – Plus d’essence à la pompe

Sur le piquet de grève de la raffinerie de Grandpuits, en février 2021. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Guerre en Ukraine, grève dans les raffineries… Tandis que les compagnies pétrolières engrangeaient les bénéfices, la pénurie dans les stations-service s’est installée. Au début de l’année déjà, la flambée des prix des carburants avait frappé les Français, surtout les plus précaires. Des « convois de la liberté » s’étaient formés pour réclamer des mesures fortes. Malgré des ristournes sur le prix à la pompe, la crise a perduré, interrogeant notre dépendance à la voiture. Moins connus que les véhicules électriques, en plein essor, les véhicules intermédiaires – vélocargo, voiturette et autre tricycle – pourraient faire partie de la solution.

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Novembre – Une COP pour rien

Un accord historique a été adopté sur la question des pertes et dommages mais les États n’ont pas renforcé leur ambition climatique. © COP27 Coalition via Twitter

La COP27 s’est ouverte le 6 novembre à Charm-El-Cheikh, en Égypte. Un pays plus connu pour la répression de ses militants politiques que pour son action climatique, largement insuffisante. Mission de ce sommet mondial pour le climat : lever des fonds pour financer les dégâts irréversibles du changement climatique, en particulier dans les pays du Sud. Et pousser les États à réduire plus vite et plus fort leurs émissions. Pourtant – peut-être à cause de l’omniprésence des lobbyistes des énergies fossiles – la COP27 s’est achevée sur un bilan mitigé : un accord a été adopté sur la question des pertes et dommages mais les États n’ont pas renforcé leur ambition climatique. L’objectif de contenir le réchauffement à 1,5 ° C semble désormais inatteignable.

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Décembre – La liberté d’informer menacée

Grégoire Souchay, journaliste pigiste pour Reporterre assigné en justice pour avoir suivi une opération de faucheurs volontaires.

Grégoire Souchay, un journaliste de Reporterre, est poursuivi pour avoir fait son métier : informer sur une action militante. Il devra passer en procès après avoir suivi des faucheurs volontaires d’OGM lors de leur introduction dans les entrepôts d’une firme semencière. Cette procédure menace tous les reporters. C’est pourquoi nous avons organisé une soirée en défense de la liberté d’informer. Ce n’est pas la première fois que Reporterre est attaqué pour son travail journalistique : trois autres de nos salariés sont sous le coup d’amendes pour avoir suivi des activistes dans des aéroports. De nombreux autres médias ont aussi été attaqués, entravés, empêchés de faire leur travail. Nantes révoltée, Reflets, Disclose et Radio France, entre autres. Ceci dans un contexte général de répression accrue des mouvements écologistes et sociaux, et de concentration des médias dans les mains de quelques milliardaires – en particulier Vincent Bolloré. Plus que jamais, l’indépendance se gagne et se défend !

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