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Climat

Retour sur l’écologie en 2023 : mégabassines, sécheresse et répression

Entre la réforme des retraites, le meurtre de Nahel, la dissolution des Soulèvements de la Terre et le bombardement de Gaza, l'année 2023 a été marquée par de très nombreuses manifestations.

Réforme des retraites, feux de forêt, dissolution avortée des Soulèvements de la Terre, COP28 dans une monarchie pétrolière... Reporterre revient sur tous les événements marquants de cette année 2023.

Que retenir de 2023 ? Une année marquée par une vigoureuse contestation écologique, notamment contre les mégabassines, qui a été fortement réprimée. Une année où se sont multipliés les incendies, les sécheresses, les canicules. Une année où l’inaction des pouvoirs publics n’aura jamais été aussi insupportable.
Reporterre rembobine les douze derniers mois.


Janvier contre la réforme des retraites

À Paris, contre la réforme des retraites, le 23 janvier 2023. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Des millions de personnes dans les rues pendant plusieurs semaines. Le début de l’année a été marqué par une intense mobilisation contre la réforme des retraites. Un non-sens écologique contre lequel les associations se sont farouchement battues. Même les paysannes et paysans sont venus en renfort pour nourrir les grévistes. Reporterre a co-organisé une grande soirée rassemblant les partis de gauche contre ce texte. Malgré tout, la réforme est passée en force le 16 mars.

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Février, la sécheresse en hiver.

En février 2023, la Garonne à Toulouse présentait un débit d’un tiers par rapport aux normales de la saison. © Patrick Batard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

En plein hiver, la France a manqué d’eau. En Ariège, le lac de Montbel était vide, et les Pyrénées-Orientales à sec. Au total, 80 % des nappes phréatiques étaient au plus bas. Face à cette situation alarmante, certaines mairies ont interdit de nouvelles constructions, notamment de piscines. Parce que le mode de vie des plus riches aggrave les sécheresses. Quant au gouvernement, il a présenté un plan eau qui n’a pas convaincu.

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Mars, la répression de Sainte-Soline

La répression de la manifestation de Sainte-Soline a fait plus de 200 blessés dont 40 graves. © Les Soulèvements de la Terre via X(ex-Twitter)

Un choc face à une répression inédite. Le 23 mars 2023, des milliers de personnes ont manifesté contre la mégabassine de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Face à elles, une armée de CRS et de gendarmes ont utilisé des armes de guerre contre les activistes. Parmi les nombreux blessés, certains garderont des séquelles physiques et psychologiques. Notamment Serge qui est resté plusieurs mois dans le coma et qui n’est toujours pas rétabli à ce jour. Sainte-Soline a marqué un basculement dans la répression du mouvement écologique. Quelques jours après la manifestation, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a demandé la dissolution des Soulèvements de la Terre, collectif organisateur du rassemblement.

Et aussi…

-  La bonne nouvelle. En Albanie, le dernier fleuve sauvage d’Europe est devenu une réserve naturelle.
-  La lutte du mois. Au nom de la protection de l’eau, des militants de Youth for Climate et Extinction Rebellion ont occupé une centrale à béton près de Lyon.
-  Ailleurs dans le monde. Le sixième rapport de synthèse du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a été adopté. Il prône la sobriété et la lutte contre les inégalités tout en reléguant les solutions technologiques en arrière-plan.
-  Notre enquête. Valérie Masson-Delmotte, Serge Zaka… De plus en plus de scientifiques s’engagent face à l’inaction climatique.


Avril, les écologistes réprimés.

Marine Tondelier, Cyril Dion, Valérie Masson-Delmotte, Alain Damasio, Philippe Descola et Julien Le Guet se sont positionné comme soutiens et membres des Soulèvements de la Terre à la soirée coorganisée par Reporterre le 12 avril. © Mathieu Génon / Reporterre

Au printemps, de nombreux écologistes ont été attaqués. Une flambée d’agressions attisée par l’État. Pour endiguer le phénomène, EELV a lancé un observatoire de ces violences. Face à cette vague de répression, Reporterre a co-organisé une grande soirée, réunissant politiques et intellectuels qui ont manifesté leur soutien aux Soulèvements de la Terre.

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En mai, la planète en feu.

Plus de 18 millions d’hectares de forêt ont brûlé au Canada en 2023. © Nova Scotia Government via Twitter

Le Canada a brûlé. Près de 16 000 habitants d’Halifax, la capitale de la Nouvelle-Écosse, ont fui leurs maisons. Ces feux ont également détruit l’habitat du caribou, une espèce menacée. Avec le réchauffement climatique, les incendies forestiers vont devenir plus intenses et plus fréquents et aussi plus précoces. Pour autant, pas question pour la province de l’Alberta, également ravagée par les flammes, d’arrêter sa course au pétrole, alors que les climatosceptiques ont accusé les écologistes et les autorités d’avoir allumé le brasier.

Et aussi…

  • La bonne nouvelle. Deux pesticides à base de glyphosate ont été interdits.
  • La lutte du mois. À Cannes, des activistes s’en sont pris aux yachts des ultrariches.
  • Ailleurs dans le monde. Recep Tayyip Erdogan a été réélu à la tête de la Turquie. Depuis 20 ans, il n’a pas pris la moindre mesure environnementale et a bétonné à tour de bras.
  • Notre enquête. Les alternatives contribuent-elles vraiment à la transformation sociale ? Reporterre est parti en reportage à la rencontre de celles et ceux qui essaient de changer le monde.

Juin, la dissolution des Soulèvements de la Terre.

Des activistes environnementaux du monde entier ont exprimé leur soutien face à la dissolution des Soulèvements de la Terre. © 350.org via X(ex-Twitter)

Après des semaines d’atermoiement, le gouvernement a dissout les Soulèvements de la Terre avec des arguments douteux. Une victoire pour le syndicat agricole majoritaire FNSEA qui a mené une offensive tous azimuts en faveur de leur disparition. Un recours a immédiatement été déposé devant le conseil d’État par les avocats des Soulèvements. Et de nombreuses personnalités ont fait part de leur soutien, notamment Annie Ernaux.

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Juillet : des chaleurs intenables.

De mémoire de météorologue, la chaleur de juillet 2023 est inédite dans l’histoire récente de l’humanité. © Copernicus

On a transpiré à grosses gouttes, et bu des litres d’eau. Le mois de juillet 2023 a été le plus chaud jamais enregistré dans l’histoire de la planète. La hausse des températures mondiales a dépassé le seuil limite de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Et ô surprise, cette vague de chaleur était due au réchauffement climatique. Ce sont les habitants des « bouilloires thermiques » qui ont le plus souffert. Pendant ce temps, sur nos écrans de télévision, on a encore vu des enfants dégustant des glaces ou des corps huilés qui se dorent au soleil, le traitement médiatique des canicules restant largement relativisé selon l’association Climat Médias.

Et aussi…

  • La bonne nouvelle. Alors que les gros chalutiers dévastent les fonds marins, des pêcheurs bretons ont décidé de pêcher à la ligne pour les protéger. Et de laisser les poissons tranquilles lors des périodes de reproduction.
  • La lutte du mois. La vague de répression contre le mouvement écologique a continué. Parmi les arrestations spectaculaires menées dans le cadre de l’enquête sur le sabotage d’une usine Lafarge, deux personnes ont été interpellées à Verfeil, dans le Tarn-et-Garonne. Deux autres ont été mises en examen au tribunal d’Aix-en-Provence.
  • Ailleurs dans le monde. Il n’y a pas qu’en France qu’il a fait une chaleur torride. Tout l’hémisphère nord est touché. Ces canicules ont entraîné de terribles incendies, comme en Grèce où l’évacuation des habitants s’est faite dans le chaos le plus total. En Algérie, les incendies meurtriers ont révélé les défaillances de l’État.
  • Le débat du mois. Fin juin, le jeune Nahel a été tué par des policiers. Un évènement dramatique qui a déclenché des révoltes dans les quartiers populaires. Reporterre est allé à la rencontre des habitants dans le jardin partagé de Villetaneuse pour comprendre cette colère.
  • Notre enquête. Cet été, vous en aviez marre de faire pipi dans de l’eau potable en pleine sécheresse ? Avis aux amateurs, Reporterre s’est lancé dans une série sur les toilettes sèches. Simples à installer et à utiliser, elles ne sont pas réservées à celles et ceux qui vivent à la campagne.

Août sur le Larzac

Près de 150 collectifs des luttes locales de France se sont réunis au Larzac, du 3 au 6 août 2023. © David Richard / Reporterre

En août, Reporterre a pris l’air sur les hauts plateaux du Larzac. La rédaction s’est délocalisée au cœur des Résistantes, un grand rassemblement des collectifs en lutte contre les projets polluants et imposés. Plus de 5 000 personnes se sont réunies pour construire un agenda d’action commun, débattre et échanger sur leurs modes d’action… et déguster de délicieux repas véganes ! Le mouvement antinucléaire a acté sa réunification, un réseau de lutte contre l’accaparement de l’eau a vu le jour. Quatre jours intenses émotionnellement pour la rédaction qui a travaillé sur place, dans une camionnette secouée par les bourrasques !

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Septembre : la grève de la faim contre l’A69.

En grève de la faim puis également de la soif, Thomas Brail a fini par être hospitalisé. © Mathieu Génon / Reporterre

Début septembre, l’activiste grimpeur Thomas Brail a entamé une grève de la faim pour protester contre l’abattage massif d’arbres le long du chantier de l’autoroute A69 Toulouse-Castres. Une solution extrême pour Thomas Brail, qui a été rejoint par d’autres militantes et militants. Cette grève très médiatisée n’a pas empêché les travaux de continuer.

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En octobre, on sauve les glaciers.

Le glacier de la Girose a été déclaré zone à défendre et occupé par des activistes liés aux Soulèvements de la Terre en octobre 2023. © Vincent Lucchese / Reporterre

C’est la plus haute zone à défendre d’Europe. À 3 400 mètres d’altitude, des activistes ont installé un campement pour lutter contre la construction d’un téléphérique sur le glacier de la Girose dans les Alpes. Un chantier qui pourrait faire disparaître l’androsace du Dauphiné. Et qui symbolise la course effrénée pour aménager la montagne afin de profiter au maximum des derniers flocons. Même constat de l’autre côté de la frontière, en Suisse, où le glacier Théodule a été endommagé pour construire une piste pour la coupe du monde de ski. Pourtant, les glaciers sont fragiles et fondent à une vitesse « hallucinante ».

Et aussi…

  • La bonne nouvelle. La justice a annulé les projets de quinze mégabassines en Nouvelle-Aquitaine.
  • La lutte du mois. Un militant écologiste renversé par une religieuse : cette image a symbolisé la lutte contre le projet d’une méga-église en Ardèche.
  • Ailleurs dans le monde. Les voitures thermiques vont être bannies du centre de Stockholm en 2025.
  • Le débat du mois. Écolos et chasseurs peuvent-ils discuter ? Oui répondent les élus écolos.
  • Notre enquête. Des panneaux solaires qui recouvrent les champs. Bienvenue dans le monde de l’agrivoltaïsme, où les terres agricoles ne servent plus tant à produire de la nourriture que de l’électricité.

Novembre, la tempête s’abat sur la France.

Les vents ont battu une douzaine de records durant la tempête Ciaran avec des rafales enregistrées à 156 km/h à Brest notamment et jusqu’à 207 km/h à l’extrémité ouest du pays, à la Pointe du Raz. © AFP / Fred Tanneau

Une « bombe météorologique ». La tempête Ciaran s’est abattue sur le nord-ouest de la France, avec des vents violents atteignant les 190 km/h. Trois personnes sont mortes, une cinquantaine ont été blessées et plusieurs milliers de foyers sont restés sans électricité. Ciaran a aussi fait des dégâts dans les parcs ostréicoles. D’après les scientifiques, le réchauffement global influence la formation de ces tempêtes.

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Décembre, la COP à Dubaï.

L’accord de la COP28, non contraignant, laisse place à l’interprétation qu’en fera chaque État. Flickr/CC BY-NC-SA 2.0 Deed/UNclimatechange

Est-il possible de négocier des accords climatiques dans le temple du pétrole ? Tel était le pari des organisateurs de la COP28 à Dubaï. Cet émirat est pourtant l’incarnation des effets délétères du capitalisme. Mais les émirats ont de l’argent qui permet des largesses envers les pays pauvres. Pour dénoncer l’absurdité de cet évènement, des scientifiques en rébellion ont organisé une alter COP à Bordeaux. Car avec 2 456 lobbyistes des énergies fossiles, il n’est pas étonnant qu’aucun compromis sur le pétrole ne soit possible. L’accord final mentionne pour la première fois les énergies fossiles, mais il n’inquiète pas les compagnies pétrolières.

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